Une vidéo mise en ligne, des commentaires qui s’enflamment, et hop, le lien redevient introuvable en quelques heures à peine. C’est exactement ce qui vient d’arriver à Warner Bros. et DC Studios avec un featurette consacré à Supergirl, retiré de YouTube après que des fans y ont repéré ce qui ressemble fortement à de l’intelligence artificielle générative dans le design de Lobo, le personnage joué par Jason Momoa.
À retenir
- Une vidéo officielle de 6 minutes disparaît mystérieusement du web
- Les fans identifient des traces suspectes d’une technologie controversée
- James Gunn se retrouve face à ses propres déclarations passées
Une image de concept art qui a mis le feu aux poudres
Cette vidéo d’environ six minutes, intitulée « Jason Momoa as Lobo », a provoqué une réaction immédiate après que des internautes ont remarqué le réalisateur Craig Gillespie montrer à Momoa ce qui semblait être de l’art conceptuel généré par IA en discutant du design de son personnage, le chasseur de primes intergalactique. Concrètement, les images montraient Gillespie faisant défiler une série de visuels générés par IA représentant différentes pistes visuelles pour le Lobo de Momoa, plutôt que des dessins traditionnels réalisés à la main par des illustrateurs.
Sur les réseaux, la séquence a fait le tour en un temps record. Les captures d’écran et enregistrements de la scène se sont propagés rapidement sur les réseaux sociaux, déclenchant la colère de fans et d’artistes numériques qui se demandaient pourquoi un blockbuster à 170 millions de dollars s’appuyait sur une image générée par IA plutôt que sur des concepteurs humains. Un chiffre qui donne le vertige quand on sait que c’est justement le budget officiel du film.
Sur X (ex-Twitter), le ton est monté crescendo. Certains commentaires, plus amers que d’autres, résument bien le malaise ambiant : « Je ne comprends pas pourquoi ils ont pris la voie la plus paresseuse au lieu de simplement dessiner… pourquoi ? Parce que c’est moins cher ? Parce que c’est plus rapide ? Utilisez l’argent pour embaucher un artiste comme un professionnel ». Le message est clair : pour beaucoup de spectateurs, un studio qui pèse des centaines de millions de dollars n’a aucune excuse pour ne pas payer un artiste humain.
Retirée en silence, mais pas complètement disparue
Face à l’ampleur de la polémique, la réaction du studio a été rapide, mais muette. Le backlash s’est propagé si vite que Warner Bros. Discovery a retiré la vidéo de sa chaîne YouTube officielle, sans qu’aucun commentaire public n’ait été émis par Gillespie, James Gunn ou le studio pour expliquer cette décision. Une stratégie du silence qui, loin d’éteindre l’incendie, l’a plutôt attisé : le retrait de la vidéo n’a pas résolu le problème, les fans ayant exprimé colère et frustration sur les réseaux face à cet usage apparent de l’IA.
Détail savoureux (ou plutôt gênant) : la suppression n’a pas été totale. Alors que la vidéo avait disparu des chaînes sociales, les abonnés ont remarqué que la séquence restait accessible dans la section « Extras » de l’achat numérique du film, ce qui a alimenté encore davantage les critiques envers ce retrait incompréhensible. Warner Bros. a fait le ménage à moitié, un choix qui interroge plus qu’il ne rassure. À ce jour, il n’existe aucune indication que l’IA ait été utilisée pour quoi que ce soit apparaissant dans le montage final du film, et il n’a pas été confirmé que l’image de Lobo dans le featurette était bien générée par IA. Reste que la simple apparence du problème suffit, en 2026, à déclencher une tempête.
Le pire moment possible pour une franchise déjà fragilisée
Supergirl n’avait vraiment pas besoin de ça. Le film, sorti en salles le 26 juin 2026, traînait déjà un bilan douloureux au box-office. Le long-métrage a bouclé sa carrière en salles avec un total domestique décevant de 125,8 millions de dollars, ce qui en fait le film DC le moins rentable depuis « Catwoman » en 2004. sur Rotten Tomatoes, la réception critique était elle aussi mitigée, avec un score de 52% et un accueil jugé décevant par rapport aux attentes du studio.
Cette nouvelle polémique tombe à un moment particulièrement mal choisi. Son retrait survient à peine quelques jours avant la première de « Lanterns » sur HBO Max, une série que Gunn et Safran présentent comme la pierre angulaire de leur programmation télévisée actuelle. Difficile, dans ce contexte, de faire passer l’incident pour un simple couac technique sans conséquence sur l’image globale du studio.
Une contradiction difficile à avaler pour James Gunn
Le plus ironique dans cette affaire, c’est qu’elle vient percuter de plein fouet le discours public de James Gunn lui-même. En mai 2023, le co-CEO de DC Studios avait fermement rejeté l’idée d’utiliser l’IA dans les films, confirmant qu’il n’en avait employé aucune dans « Les Gardiens de la Galaxie Vol. 3 » et admettant ne pas connaître grand-chose à cette technologie. Ce positionnement avait construit, avec le temps, une image de studio attaché à la créativité humaine avant tout.
Voir une image potentiellement générée par IA surgir dans un featurette officiel promouvant un des films phares du DCU crée donc un décalage embarrassant entre le discours et la réalité observée à l’écran. Pour une franchise construite autour du respect de décennies d’histoire de bandes dessinées, utiliser de l’imagerie générée par IA pour concevoir l’un des personnages les plus visuellement distinctifs de DC est perçu par beaucoup de fans comme une véritable erreur, quel que soit le rôle réel de cet outil dans les choix créatifs finaux du film.
Le personnage de Milly Alcock survivra à la tempête. Malgré son accueil mitigé, Kara Zor-El fera son retour dans la suite de « Superman », « Man of Tomorrow », déjà en préparation. Reste une question qui plane désormais sur toute la production maison : si un simple featurette promotionnel a laissé passer un tel visuel sans contrôle, combien d’autres projets à venir chez DC pourraient dissimuler, sans le dire, le même genre de raccourci ?
Sources : comicbasics.com | youtube.com