Après trois saisons, WIT Studio a rendu L’Attaque des Titans à un autre studio (et ce n’est pas l’argent qui a tranché)

Trois saisons, six ans de production, une popularité mondiale qui a transformé un simple manga de bagarre contre des géants mangeurs d’hommes en phénomène planétaire. Et pourtant, au moment d’attaquer la saison finale, WIT Studio a passé la main à MAPPA. Officiellement, ce n’est pas une question de gros sous, mais parce que l’histoire elle-même venait de basculer, même si, comme on le verra plus loin, les contraintes liées au financement ont aussi pesé dans la balance.

Tout se joue à la fin de la saison 3, quand Eren pose enfin les yeux sur l’océan. Une scène en apparence anodine, mais qui marque un tournant narratif majeur. Dans une interview accordée au magazine japonais Newtype en novembre 2020, le producteur Kensuke Tateishi a expliqué qu’alors que la saison 3 était en production, les équipes se sont entretenues avec WIT Studio, et qu’il a été décidé que la saison finale serait créée dans un autre studio d’animation, l’une des raisons s’appuyant sur le fait qu’à la fin de la saison trois, le protagoniste porte son regard vers l’océan, annonçant un tournant dans l’histoire. Les créateurs voulaient pousser le curseur encore plus loin, et WIT, en toute franchise, n’était pas certain de pouvoir suivre le rythme.

À retenir

  • Plusieurs studios ont refusé d’animer la finale — sauf MAPPA qui s’est montré très engagée
  • Un système de financement basé sur les ventes de DVD a créé des embouteillages de planning qui ont pesé sur la décision
  • WIT dit aussi avoir voulu préserver le bien-être de ses équipes plutôt que de les épuiser sur une seule franchise

Un refus en cascade, jusqu’à MAPPA

Ce qui frappe dans cette histoire, c’est le nombre de studios qui ont dit non. La production a cherché ailleurs, en vain. Après maintes discussions avec le studio, les producteurs ont compris que la poursuite de la production serait compliquée et ils ont commencé à chercher d’autres studios. La charge de travail colossale qu’impliquait l’animation d’un final aussi attendu a fait fuir la concurrence. Le seul studio à avoir répondu qu’il considérerait l’offre était le studio MAPPA.

Un vote de confiance qui a soulagé tout le monde, y compris WIT lui-même. Lorsque les producteurs en ont parlé aux membres du studio WIT, ceux-ci ont avoué qu’ils n’auraient pas de mal à laisser le projet voguer en sachant qu’il serait entre de si bonnes mains, et les producteurs étaient tous d’accord, donc le projet a changé de studio.

MAPPA n’a pas simplement accepté par défaut. Le studio a mis les formes dès le départ. MAPPA s’est montré très entreprenant dès le début, affirmant que L’Attaque des Titans devrait bénéficier d’une véritable fin pour les fans, ce qui a laissé une forte impression aux producteurs. Une déclaration d’intention qui a fini par convaincre les décideurs, à une époque où personne ne se bousculait pour hériter d’un tel monument.

Le vrai fond du problème : un système basé sur les ventes de DVD

Derrière la version officielle et polie livrée dans Newtype se cache une réalité plus prosaïque, révélée bien plus tard par le président de WIT Studio, George Wada, dans un entretien avec Anime News Network. Le mécanisme de financement de l’anime japonais, historiquement calé sur les ventes physiques, a joué un rôle décisif. WIT Studio était initialement contracté pour animer la première saison, puis, en fonction des ventes de DVD, une décision était prise pour savoir si une deuxième saison pourrait être réalisée. Malheureusement, les chiffres de ventes n’étaient disponibles que plus tard, ce qui a obligé WIT à combler ses plannings avec d’autres productions en attendant le feu vert.

Le souci, c’est que ce système de validation a posteriori a fini par créer un embouteillage impossible à défaire. Le temps que les chiffres tombent, l’équipe de WIT était déjà engagée ailleurs. Et contrairement à MAPPA, un studio plus imposant à l’époque, WIT ne disposait pas des marges de manœuvre pour absorber ce genre d’imprévu de planning. L’Attaque des Titans et Vinland Saga ont tous deux été récupérés par MAPPA, un studio bien plus gros que WIT, qui avait davantage de ressources pour attendre que les données de vente deviennent disponibles. Le paysage de la diffusion a depuis évolué avec la montée en puissance du streaming, mais aucune source officielle ne permet d’affirmer qu’un blocage de planning similaire à celui qui a coûté la série à WIT serait aujourd’hui écarté par les pratiques actuelles de diffusion.

Ce que WIT n’a jamais vraiment dit, jusqu’à récemment

Pendant des années, la version « on a trouvé un accord à l’amiable » a suffi aux fans. Mais George Wada est récemment revenu sur cette décision avec un recul inédit, évoquant une dimension bien plus humaine que financière. À l’époque, le fardeau de créer L’Attaque des Titans était immense. En pensant aux carrières des créateurs, y compris du réalisateur Tetsuro Araki, il y avait aussi une envie de créer une œuvre originale, car un studio d’animation n’est pas simplement un groupe qui produit des œuvres, il est étroitement lié à la vie de son personnel.

Une phrase qui change la lecture de toute l’affaire. Ce n’était pas juste une question de calendrier ou de trésorerie, mais aussi une volonté de préserver ses équipes d’un épuisement prolongé sur une seule licence, aussi prestigieuse soit-elle. WIT voulait laisser respirer ses créateurs, quitte à perdre l’une des franchises les plus rentables de la décennie. Un choix qui, avec le recul, semble avoir profité à tout le monde : le producteur estime que c’est grâce à cette combinaison de studios que la série télévisée a pu être menée à son terme.

Le scénariste de la saison finale, Hiroshi Seko, a lui aussi validé ce choix sur scène lors d’une convention, estimant que le changement de studio entre WIT et MAPPA était une bonne chose, car il représentait le changement de direction de l’œuvre. Un symbole finalement assez juste : une histoire qui bascule dans l’horreur et le désespoir, portée par un nouveau studio, comme un second souffle narratif plutôt qu’une simple rupture de contrat.

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