Neuf pour cent. Depuis 2004, ce chiffre colle à la peau de Catwoman comme une seconde fourrure, moins glamour que celle portée par Halle Berry à l’écran. Sur Rotten Tomatoes, le site américain qui agrège les critiques presse, le long-métrage affiche un approval rating de 9% basé sur 196 critiques, avec une note moyenne de 3,1/10. Aujourd’hui, le compteur a même légèrement reculé : la fiche officielle du film indique désormais 8% sur 195 critiques recensées. Un score si bas qu’il est devenu une référence culturelle, citée dans tous les tops « pires films de super-héros » depuis plus de vingt ans. Mais non, Catwoman n’est pas le bonnet d’âne absolu du genre. Loin de là, même.
À retenir
- Quel film détient réellement le titre de pire adaptation de super-héros sur Rotten Tomatoes ?
- Comment un projet Marvel et DC dominé par des stars oscarisées a-t-il pu aussi catastrophiquement échouer ?
- Pourquoi le système de notation de Rotten Tomatoes peut-il transformer un film « moyen » en chef-d’œuvre apparent ?
Un naufrage critique devenu légendaire
Il faut se replonger dans le contexte pour comprendre l’ampleur du désastre. Le projet traînait dans les cartons depuis 1993, avec Michelle Pfeiffer initialement pressentie pour reprendre le rôle qu’elle incarnait dans Batman Returns de Tim Burton. Puis le développement s’est enlisé, et les scénaristes se sont succédé tandis que réalisateur et actrice principale ont quitté le projet pour d’autres films. Résultat, quand Warner Bros. finit par lancer la production en 2004, le scénario était passé entre les mains de 28 scénaristes différents, confié à un réalisateur inexpérimenté (le mononyme Pitof), avec Halle Berry en tête d’affiche. Le film abandonne au passage toute référence à Selina Kyle pour inventer une nouvelle héroïne, Patience Phillips, graphiste dans une entreprise de cosmétiques.
La sanction fut immédiate et sans appel. Le film rafle cinq trophées aux Razzie Awards, dont celui du pire film de l’année, comme le confirment les Stinkers Bad Movie Awards de 2005, qui ont récompensé Catwoman comme pire film avec le plus grand nombre de prix. Côté box-office, la note fut tout aussi salée : produit pour 100 millions de dollars, le film n’a rapporté que 82,1 millions de dollars dans le monde. Un flop qui a longtemps refroidi les studios sur l’idée d’un film Catwoman solo, jusqu’à ce que le personnage ne redevienne fréquentable dans The Dark Knight Rises puis dans les productions DC plus récentes.
Ces films qui plongent encore plus bas
Et pourtant, dans le grand cimetière des adaptations de comics, Catwoman n’est même pas dans le trio de tête du pire. Le titre qui détient la palme absolue est Max Steel, sorti en 2016 : basé sur une gamme de jouets Mattel, il n’a récolté aucun avis positif, un score de 0% sur Rotten Tomatoes, pour un budget de 10 millions de dollars et seulement 6,3 millions de recettes, critiqué unanimement pour son scénario incompréhensible. Un zéro pointé, littéralement.
D’autres tentatives malheureuses talonnent Catwoman vers le bas. Steel, sorti en 1997 avec Shaquille O’Neal dans le costume d’un super-héros DC, affiche aujourd’hui un score famélique de 4% sur la fiche Rotten Tomatoes actuelle, loin des 17% parfois cités dans d’anciens articles. À l’époque, un critique du New York Times jugeait déjà le film « slow to gather momentum », incapable de générer la moindre tension. Howard the Duck, la première tentative Marvel portée à l’écran en 1986 et produite par George Lucas, plafonne quant à lui autour de 13 à 15% selon les relevés, avec un statut culte de nanar assumé plutôt que de flop honteux.
Le classement établi par la rédaction de Rotten Tomatoes elle-même est encore plus parlant. Pour y figurer, les films devaient comptabiliser au moins 20 critiques professionnelles et obtenir un score égal ou inférieur à 16% d’avis positifs, un seuil qui traverse les décennies, des années 1980 avec Superman IV jusqu’aux blockbusters de 2024. Dans cette liste peu enviable, on retrouve des noms qui font pourtant carrière au sommet aujourd’hui : le classement est dominé par Marvel avec six films et DC Comics avec six autres films, avec des acteurs comme Michael B. Jordan, Scarlett Johansson ou Samuel L. Jackson qui y apparaissent parfois plusieurs fois. Preuve que même les plus grandes carrières hollywoodiennes ont traversé des zones de turbulence critique sévères.
Pourquoi ce chiffre continue de fasciner
Ce qui rend l’histoire de Catwoman aussi tenace dans la mémoire collective, ce n’est pas tant son score en lui-même que le contraste avec les ambitions du projet. Warner misait sur un vrai blockbuster d’été, avec effets spéciaux coûteux et star bankable fraîchement oscarisée (Halle Berry avait remporté l’Oscar de la meilleure actrice deux ans plus tôt). Le fiasco n’en a été que plus retentissant, façon chute de très haut. À titre de comparaison, un naufrage plus récent comme Madame Web a obtenu 13% en 2024, et la presse s’est empressée de rappeler que ce score, aussi mauvais soit-il, restait encore supérieur à celui de Catwoman.
Le vrai enseignement, finalement, tient peut-être moins au classement lui-même qu’à la façon dont Rotten Tomatoes compile ces notes. Le Tomatometer reste un pourcentage de critiques positives, pas une moyenne de notes chiffrées : un film jugé « moyen » par la totalité des critiques peut afficher 100%, tandis qu’un film adoré par quelques-uns mais détesté par la majorité plonge sous la barre des 10%. Catwoman a eu la malchance de cumuler les deux écueils, un scénario jugé incohérent et une réalisation sans vision claire, ce qui explique pourquoi le film continue, vingt ans après sa sortie, à servir de point de comparaison obligé dès qu’un nouveau blockbuster de super-héros s’écrase au box-office.
Sources : superpouvoir.com | hitek.fr