Novembre 1961. Le tout premier numéro des Quatre Fantastiques sort en kiosque, et surprise : Reed Richards, Sue Storm, Johnny Storm et Ben Grimm affrontent leurs premiers ennemis en vêtements de ville. Pas de collant moulant, pas de logo, pas de cape. Deux numéros plus tard à peine, tout bascule : les quatre héros enfilent des combinaisons bleu cérulé bordées de noir, un look qui va les définir pendant plus de vingt ans. Voilà comment Marvel a inventé, presque par accident, l’un des costumes les plus reconnaissables de sa mythologie.
À retenir
- Les Quatre Fantastiques ont commencé sans costumes : une décision radicale face aux conventions de l’époque
- C’est Sue Storm, et non Reed Richards, qui confectionne les uniformes bleus révolutionnaires
- Le costume bleu et noir a perduré 22 ans sans modification majeure : un record inédité dans l’industrie
Des super-héros en habits du dimanche
L’idée de départ de Stan Lee et Jack Kirby n’avait rien à voir avec le folklore du comic book classique. Quand les Quatre Fantastiques ont débuté en 1961, ils étaient des gens « comme nous » avec des super-pouvoirs, et dans leurs deux premiers numéros, ils n’avaient donc pas de costumes. Une décision éditoriale forte, presque anti-conformiste pour l’époque : DC Comics venait de relancer l’âge d’argent avec des héros parfaitement sanglés dans leurs uniformes, et Marvel choisissait l’exact inverse.
Le plus savoureux, c’est que ce choix n’était même pas totalement assumé au départ. Kirby avait initialement pensé un concept où l’équipe porterait des masques traditionnels, et il avait même dessiné les planches avec ces masques, avant qu’on décide de les effacer pour marquer la différence avec les héros costumés habituels. Résultat : dans ce premier épisode, la Chose porte quand même un casque de fortune, en attendant de trouver sa véritable identité visuelle. Un détail qui montre à quel point le concept s’est construit sur le tas, numéro après numéro.
Le virage bleu du numéro 3
Le succès a vite rebattu les cartes. Le public a adoré cette équipe de super-héros dysfonctionnelle, et Marvel a flairé l’opportunité commerciale. Très rapidement, Marvel a décidé qu’il leur fallait des costumes, pour des raisons marketing. C’est le co-créateur Jack Kirby qui a dessiné les uniformes que l’équipe allait porter pendant la majeure partie des vingt années suivantes.
Dans l’histoire elle-même, ce n’est pourtant pas Reed Richards qui invente ces tenues, comme le laisseraient penser la plupart des adaptations. C’est Sue Storm qui confectionne les costumes bleus spécialement conçus pour l’équipe, et non Reed Richards, contrairement à ce que montrent presque toutes les autres adaptations du personnage. Un clin d’œil amusant à l’histoire du comics : l’Invisible Woman, souvent reléguée au second plan dans les premières années, est en réalité à l’origine du look le plus iconique de tout le Marvel Universe.
Visuellement, la mutation est radicale. C’est dans le numéro 3 que Sue développe l’esthétique qui allait définir l’équipe pour des générations : des combinaisons bleues moulantes, avec des touches de noir sur la taille, les mains, les pieds et le col, et un col montant jusqu’à la nuque. Un ensemble complet avait même été prévu pour Ben Grimm, casque et haut à manches longues compris. Mais la Chose, déjà mal à l’aise avec son apparence de roche, n’a pas tenu la distance : cette tenue n’a duré qu’une heure et demie avant qu’il ne déchire tout ce qui se trouvait au-dessus de la ceinture, une habitude qu’il allait conserver pendant des décennies. Torse nu, pantalon déchiré : le look « négligé » de la Chose est né d’un accès de colère, pas d’un choix stylistique.
Vingt-deux ans sans changer de garde-robe
Ce costume bleu et noir n’était pas une lubie passagère. Les tenues étaient bleu cérulé avec du noir, bien que les hauts cols noirs allaient rapidement rétrécir, et l’équipe a porté ces costumes du numéro 3 au numéro 234, soit vingt-deux ans de fidélité graphique quasi inédite dans l’industrie du comics, où les redesigns sont monnaie courante. Pour donner une idée du temps que ça représente : c’est plus long que l’écart entre la sortie de la première Game Boy et celle de la Switch.
Il faudra attendre 1983 pour voir un vrai changement de cap. Le scénariste et artiste John Byrne a dessiné leurs uniformes suivants, les plus utilisés après ceux de Kirby : ils gardaient le design classique mais échangeaient le liseré noir contre du blanc, tandis que le bleu cérulé virait vers un ton plus sombre, plus marine. Depuis, l’équipe a connu de multiples variations, du look triangulaire blanc des années Heroes Reborn jusqu’aux retours réguliers à l’esthétique originelle des sixties, plébiscitée par les fans à chaque tentative de modernisation ratée.
Le clin d’œil le plus récent à cette origine sans costume ne vient pas des comics, mais du grand écran. Les tenues dessinées par Kirby avaient moins l’aspect d’un spandex moulant, avec de nombreux plis et froissements, un détail qui semble avoir inspiré le look du film First Steps au sein du MCU. plus de soixante ans après ce premier numéro sans costume, Marvel Studios est allé chercher l’inspiration dans les toutes premières esquisses de Kirby, celles d’un uniforme encore imparfait, presque artisanal. La preuve que même une tenue improvisée en pleine urgence créative peut finir par devenir un classique indémodable.
Sources : yahoo.com | marvel.com