Cinq mots ont suffi à river des millions de fans à leur écran un soir de mai 2019 : « la fin de Game of Thrones ». Mais cette fin-là, la vraie, celle qui aurait dû sortir de la plume de George R.R. Martin, personne ne l’a jamais lue. Quinze ans après la parution de A Dance with Dragons en 2011, le dénouement du Trône de fer reste un mystère éditorial total. Ce que le monde entier connaît comme « la fin » de la saga n’est en réalité qu’une version télévisée, tournée sans filet par des scénaristes qui ont dû improviser au-delà du matériau littéraire disponible.
À retenir
- Depuis 2011, le silence radio sur le manuscrit : où en est vraiment George R.R. Martin après 15 ans?
- Comment HBO a scellé une fin que les livres n’ont jamais donnée, créant deux versions de Westeros
- Des personnages clés absents de la série, des centaines de pages inédites : ce qui attend encore les lecteurs
Un cinquième tome qui devait être suivi de deux autres
Petit retour en arrière nécessaire. En 2011, George R.R. Martin publiait A Dance with Dragons, le cinquième volume de sa série littéraire A Song of Ice and Fire (Le Trône de Fer), dont est issue l’adaptation de HBO. Depuis, silence radio côté manuscrit terminé. Depuis, les lecteurs attendent toujours la suite, et surtout, la fin de cette fresque monumentale, qui doit encore être racontée à travers deux nouveaux tomes, The Winds of Winter et A Dream of Spring. Deux livres, pas un seul. Autant dire que l’histoire de Westeros, sur le papier, n’est même pas encore aux trois quarts de son parcours annoncé.
Le retard ne date pas d’hier. Dès 2023, l’auteur reconnaissait publiquement sa frustration : « J’ai douze ans de retard comme chacun le sait. Je vais juste finir par le publier et vous n’avez pas à me harceler à ce sujet ». Trois ans plus tard, le compteur a encore tourné. Ce n’est plus douze ans de retard, c’est quinze. Et la comparaison avec ses propres ambitions fait sourire jaune : au tout début du projet, Martin prédisait qu’il achèverait « The Winds of Winter » en environ trois ans. On approche plutôt du quintuple de cette estimation.
Comment la série a scellé une fin qui n’appartient pas aux livres
Pendant que Martin peinait sur son manuscrit, HBO n’a pas attendu. La série a dépassé les livres dès sa sixième saison, obligeant les scénaristes David Benioff et D.B. Weiss à inventer leur propre conclusion, avec la bénédiction de l’auteur qui leur avait confié les grandes lignes de son plan initial. Résultat : les foules ont eu droit à un dénouement, mais estampillé « adaptation », pas « œuvre originale ». L’accueil critique de cette fin télévisée reste, à ce jour, l’un des points de friction les plus marquants de la culture pop de la décennie 2010.
Martin lui-même n’a jamais caché que son histoire, sur le papier, prendrait un chemin différent. George R. R. Martin l’a déjà dit et il le redit, la fin sera différente pour ses romans. Concrètement, cela signifie que des personnages, des arcs entiers, des rebondissements majeurs n’ont jamais eu leur équivalent à l’écran. Le retour de Daenerys chez les Dothraki, la marche de Stannis Baratheon dans le Nord contre les Bolton, le procès de Cersei à Port-Réal : autant de fils narratifs que la série a expédiés en accéléré, quand ils occupent encore, dans le manuscrit en cours, des centaines de pages. Et surtout, il y a ce personnage totalement absent du petit écran : Aegon Targaryen, dont l’invasion de Westeros doit constituer l’un des rebondissements les plus surprenants du tome à venir. Un protagoniste qui, sur les plateaux HBO, n’a jamais existé.
Où en est vraiment le manuscrit en 2026
La bonne nouvelle, si l’on peut dire, c’est que Martin n’a pas abandonné le navire. Martin a affirmé qu’il souhaitait toujours terminer The Winds of Winter et qu’il n’avait aucune intention d’abandonner la série, restant déterminé à la finir. Le chiffre qui revient sans cesse depuis plusieurs années, c’est celui des 1 100 pages de manuscrit. Le chiffre le plus constant concernant l’avancée du livre est d’environ 1 100 pages de manuscrit achevées, ce qui place l’histoire bien avancée dans son développement, mais l’ampleur de la tâche, combinée au style « jardinier » méticuleux de l’auteur, explique pourquoi l’attente se poursuit. Le nombre de pages n’a quasiment pas bougé depuis des années, ce qui en dit long sur la difficulté du chantier : Martin réécrit, restructure, recommence, sans jamais livrer une version définitive.
D’ailleurs, l’auteur a lui-même reconnu ses difficultés lors d’une interview accordée début 2026. L’auteur a admis qu’il avait du mal avec le manuscrit et ne se sentait pas toujours motivé pour y travailler, tout en soulignant qu’abandonner le roman ressemblerait à un échec personnel majeur. Une confession rare, presque touchante, pour un écrivain habitué à jouer la carte de l’humour face à la pression des fans.
Reste un rendez-vous à surveiller de près : fin août 2026, George R.R. Martin est attendu à LAcon V, la 84e convention mondiale de science-fiction, qui se tient du 27 au 31 août. Un simple salon littéraire, en apparence, mais qui cristallise tous les espoirs d’une communauté de lecteurs à bout de patience. En parallèle, du côté de l’édition, un indice a récemment relancé les rumeurs : le 11 juin, l’éditeur londonien The Folio Society a partagé sur les réseaux sociaux une mise à jour concernant sa future édition limitée d’A Game of Thrones, publiée le 14 juillet, accompagnée d’un message énigmatique promettant une « annonce à venir ». De quoi alimenter, une fois de plus, l’éternel feuilleton des indices qui ne mènent jamais à une date de sortie officielle.
Un détail mérite d’être signalé pour clore le tableau : même une fois The Winds of Winter publié, un septième et dernier tome, A Dream of Spring, restera nécessaire pour clore réellement la saga. Ce qui veut dire que la véritable fin du Trône de fer, celle écrite noir sur blanc par son créateur, pourrait encore prendre des années après la sortie du prochain volume. Le feuilleton continue, sur le papier comme dans l’attente.
Sources : purebreak.com | learn.oreateai.com