Warner avait un film terminé et payé 70 millions de dollars : il ne devait jamais sortir, un autre studio a fini par signer le chèque

Un film à 70 millions de dollars, bouclé, testé, prêt à sortir. Et pourtant condamné à ne jamais quitter les tiroirs de Warner Bros. Discovery. C’est l’histoire vraie de Coyote vs. Acme, le long-métrage Looney Tunes qui devait mourir en silence pour raisons fiscales, avant qu’un studio indépendant ne rachète le tout et ne le sorte finalement en salles ce 28 août 2026.

À retenir

  • Un studio majeur saborde volontairement un produit fini pour raison fiscale
  • La colère publique force Warner à revoir sa décision après des mois de silence
  • Un distributeur indépendant parie 50 millions pour ressusciter le projet et bâtit son succès critique

Un film sacrifié sur l’autel du fisc

Retour en novembre 2023. Warner Bros Discovery annonce qu’elle ne sortira pas le film hybride live-action/animation Coyote vs. Acme, prenant une dépréciation estimée à 30 millions de dollars sur une production à 70 millions. Le plus troublant dans cette histoire ? Le film n’était pas un projet à moitié abandonné ou un script jamais tourné. Il s’agissait d’un film terminé, avec de très bons scores de test, 14 points au-dessus de la norme pour le genre familial.

Warner Bros. Discovery jetait à la benne un produit fini, testé, plébiscité par des publics tests, simplement parce que la comptabilité rendait l’opération plus rentable qu’une sortie en salles. La direction jugeait qu’il n’était pas rentable de sortir le film au cinéma ou de le vendre à d’autres acheteurs, alors même que des parties intéressées existaient pour leurs propres services de streaming, Amazon ayant notamment manifesté un intérêt.

Le communiqué officiel du studio se voulait poli mais glaçant. Avec le relancement de Warner Bros Pictures Animation en juin, le studio expliquait avoir réorienté sa stratégie globale vers les sorties en salles, ce qui l’amenait à la difficile décision de ne pas donner suite à Coyote vs. Acme. Traduction : le film existait, il plaisait, mais il ne rentrait plus dans les cases stratégiques du moment.

Batgirl, Scoob et la stratégie Zaslav

Ce naufrage n’était pas un cas isolé. Coyote vs. Acme était le troisième film sacrifié dans le cadre des mesures de réduction des coûts post-pandémie de Warner Bros., après le très médiatisé Batgirl à 90 millions de dollars et le film familial Scoob! Holiday Haunt, tous deux greenlightés sous l’ancien patron du studio Jason Kilar, parti en avril 2022. Trois films terminés ou quasi-terminés, sacrifiés en l’espace de deux ans sur l’autel de la rationalisation budgétaire version David Zaslav.

Le parallèle avec Batgirl est presque devenu un cas d’école dans l’industrie : celui d’un studio préférant l’écriture comptable pure à la moindre tentative de monétisation créative. Mais pour Coyote vs. Acme, la mécanique allait finalement dérailler, faute d’un ingrédient que Warner n’avait pas anticipé : la colère du public et des professionnels.

Le tollé qui a tout changé

La nouvelle du sabordage n’est pas passée inaperçue. Warner Bros. a fini par faire marche arrière plus tard en 2023 après une vague de critiques venues des fans et des cinéastes, plusieurs créateurs blâmant publiquement la gestion du studio tandis que d’autres menaçaient de ne plus travailler avec lui. Une pression suffisamment forte pour forcer un studio du calibre de Warner Bros. Discovery à revoir sa copie, ce qui est loin d’être fréquent dans une industrie où les décisions financières prévalent d’ordinaire sur l’opinion publique.

Le studio a alors autorisé l’équipe du film à démarcher d’autres distributeurs. Amazon Prime Video, Apple et Netflix ont d’ailleurs visionné le film pour envisager de le récupérer, sans qu’aucun accord n’aboutisse. Il aura fallu attendre mars 2025, soit près d’un an et demi après l’annonce du sabordage, pour qu’un acteur inattendu entre en scène : Ketchup Entertainment, distributeur indépendant fondé en 2012, plutôt habitué aux films d’auteur qu’aux grosses licences familiales.

En mars 2025, Ketchup Entertainment a acquis les droits de distribution mondiaux du film dans le cadre d’un accord à 50 millions de dollars, avec une sortie en salles programmée pour 2026. Pas une bouchée de pain, mais un pari calculé : la petite structure connaissait déjà l’univers Looney Tunes puisqu’elle avait récemment mené la sortie en salles de The Day the Earth Blew Up: A Looney Tunes Movie après que Warner Bros. Discovery a également décidé de céder ce film, lequel a ouvert en salles le 14 mars et a rapporté 3,9 millions de dollars au box-office domestique.

Un accueil critique inespéré, trois ans après

Le plus savoureux dans cette affaire, c’est peut-être la manière dont le film règle ses comptes avec son ancien propriétaire. La bande-annonce ne se prive pas de piques : le générique final glisse même un « The Acme Corporation is releasing this film for accounting purposes only! », référence à peine voilée à la logique comptable qui a failli enterrer le projet pour de bon.

Et le twist final est presque trop beau pour être vrai. Après des années de mésaventures et d’incertitude, tous ces efforts semblent enfin payer, Coyote vs. Acme obtenant un score parfait de 100% sur Rotten Tomatoes. Un chiffre qui, avouons-le, tourne presque le couteau dans la plaie pour les dirigeants qui avaient jugé le film insuffisamment rentable pour mériter une sortie.

Reste une question que personne ne peut vraiment trancher à l’avance : le public suivra-t-il ? Savoir si les spectateurs se déplaceront le dernier week-end d’août, trois ans après qu’on leur a annoncé qu’ils ne verraient jamais ce film, est la partie qu’aucune critique ne permet de prédire. Ce qui est acquis, en revanche, c’est le symbole : un film jugé indigne d’exister par son studio d’origine, ressuscité par un distributeur dix fois plus petit, et accueilli par la critique comme l’une des sorties les plus réjouissantes de l’été. De quoi donner des idées à d’autres œuvres oubliées dans les cartons d’Hollywood.

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