Cosmocats et Musclor version cinéma qui traînent en développement depuis des années, ça, tout le monde connaît. Ce que beaucoup ignorent, c’est que sur toute une vague de reboots de dessins animés des années 80 lancés à Hollywood, celui qui a réellement fini par sortir en salle n’est ni l’un ni l’autre. C’est Jem et les Hologrammes.
Remontons le fil. Depuis une bonne quinzaine d’années, les studios américains fouillent frénétiquement dans les cartons à jouets de leur enfance pour en tirer des franchises cinématographiques. He-Man, ThunderCats, Voltron, Robotech, Jem : autant de noms qui reviennent sans cesse dans les pages « actualités cinéma », autant de projets annoncés en grande pompe, avec réalisateurs de renom et budgets à neuf chiffres. Et pourtant, pendant des années, presque aucun n’a franchi la ligne d’arrivée.
À retenir
- Pourquoi tous ces reboots de cartoons restent bloqués en développement pendant des années
- Quel film incontournable a finalement réussi à sortir en salle malgré les défis
- Comment convertir la nostalgie d’une génération en succès au box-office
Cosmocats et Musclor, l’éternelle salle d’attente
Le cas ThunderCats résume à lui seul cette mécanique du serpent qui se mord la queue. Il y a cinq ans, Warner Bros. et le réalisateur Adam Wingard annonçaient que le dessin animé culte des années 80 allait avoir droit à une adaptation en prises de vue réelles. Depuis, silence radio ou presque. Wingard a confirmé que le projet est « toujours d’actualité », qu’une nouvelle version du script a été achevée en début d’année, mais que ce n’est pas la priorité numéro un sur laquelle il travaille. Cinq ans de développement pour un scénario qui change encore de version : voilà à quoi ressemble, concrètement, le fameux « development hell » dont parlent les Américains.
Musclor, de son côté, a connu un parcours presque similaire, ballotté entre Netflix puis Amazon MGM Studios pendant des années avant de voir enfin le jour. Mais s’il a fini par sortir, ce n’est que très récemment, et dans des conditions qui ne font pas vraiment figure de triomphe.
Robotech, lui, bat carrément des records de lenteur. Le projet de film en prises de vue réelles est en développement depuis 2007, et Hollywood y a successivement attaché James Wan, Andy Muschietti puis Rhys Thomas à la réalisation. Problème : aucun des trois n’a jamais tourné le moindre plan. Dix-neuf ans de script réécrits, de metteurs en scène qui vont et viennent, sans qu’une seule caméra ne se mette à tourner. Quant à Voltron, le projet porté par Henry Cavill a bien fini par se tourner, mais il est réputé filer tout droit vers Prime Video plutôt que de tenter sa chance en salles. Même arrivé au bout du tournage, ce reboot-là ne comptera jamais dans la case « sortie cinéma ».
Jem et les Hologrammes, la surprise qui a viré au fiasco
Pendant que ces poids lourds patientaient dans les limbes du développement, un dessin animé nettement moins hype a discrètement raflé la mise : Jem et les Hologrammes. Sorti en 2015 chez Universal, avec Aubrey Peeples dans le rôle-titre, le film adaptait cette série culte sur une chanteuse au double visage, propulsée à la célébrité grâce à une intelligence artificielle nommée Synergy. Sur le papier, ça sentait la nostalgie facile et le tube générationnel. Dans les faits, ça a été un désastre monumental.
Le film disposait d’un budget économique de 5 millions de dollars et n’a ouvert qu’à 1,3 million de dollars sur plus de 2 000 salles, un chiffre qualifié à l’époque de pire démarrage de l’histoire pour une sortie aussi large. Au total, la recette n’a atteint que 2,2 millions de dollars, et le film a été retiré des salles au bout de deux petites semaines à peine, considéré comme un échec commercial par Universal. Résultat : la seule adaptation d’un cartoon 80s de cette vague à avoir réellement occupé un écran de cinéma a fait un four si retentissant que le studio a préféré la faire disparaître discrètement plutôt que d’en communiquer les chiffres. Une drôle de victoire par forfait.
Et Musclor a fini par débarquer, pour mieux replonger
La suite de l’histoire mérite d’être racontée, parce qu’elle confirme la malédiction plutôt qu’elle ne la dément. En juin 2026, après des années de valse des studios, Masters of the Universe est enfin arrivé au cinéma, réalisé par Travis Knight et porté par Nicholas Galitzine dans le rôle du prince Adam, aux côtés de Jared Leto en Skeletor. Un budget colossal, reporté entre 170 et 200 millions de dollars, censé installer Eternia comme la prochaine grande franchise du studio.
Mais l’histoire s’est répétée. Le film a récolté à peine la moitié de son budget en salles, plafonnant à 114 millions de dollars de recettes mondiales. Un score qui, pour un blockbuster à ce prix, se classe sans détour parmi les grosses désillusions de l’année. Musclor a donc bien fini par atteindre les salles, quarante ans après le premier long-métrage live-action de 1987, déjà un échec cuisant en son temps. Mais entre les deux, sur toute une décennie de tentatives, seule Jem a réellement tenu le pari, pour un résultat tout aussi amer.
La leçon à tirer de cette drôle de course n’a rien d’un hasard de casting ou de scénario raté. Elle tient à un chiffre simple : convertir la nostalgie d’une génération entière en billets de cinéma coûte cher, très cher, et le public qui a grandi avec ces cartoons n’est pas nécessairement celui qui remplit les salles aujourd’hui. Pendant ce temps, ThunderCats a fini par changer son fusil d’épaule : Warner Bros a préféré miser sur un film d’animation, moins coûteux, plutôt que de relancer une énième version live-action.
Sources : tomsguide.fr | comic.systems