L’anime original de Fullmetal Alchemist a fini par échouer son propre pari. En 2003, la série a dû inventer une conclusion de toutes pièces parce que le manga d’Hiromu Arakawa n’était pas terminé. Résultat ? Une fin qui envoie Edward Elric dans un monde parallèle ressemblant à l’Allemagne nazie, avec un caméo aussi improbable qu’oublié d’Hitler. Six ans plus tard, Fullmetal Alchemist: Brotherhood a tout repris depuis le début pour offrir, cette fois, la vraie fin voulue par l’autrice.
À retenir
- Pourquoi Studio Bones a dû inventer une fin de toutes pièces en 2003 et ce choix radicalement différent du manga
- Comment la contrainte de timing a forcé les scénaristes à sacrifier des personnages entiers et réinventer l’univers
- Pourquoi même les nostalgiques de FMA 2003 admettent l’impasse narrative de cette conclusion devenue culte mais indéfendable
Une fin de 2003 née d’une contrainte, pas d’un choix créatif
Tout part d’un problème de timing. Quand le studio Bones lance l’adaptation animée en octobre 2003, le manga original est encore en cours de publication. À l’époque, le manga était encore en cours de publication, et le studio d’animation Bones avait plusieurs options en attendant que la série manga se termine. Plutôt que de multiplier les épisodes de remplissage à la Bleach, les équipes ont pris une décision radicale.
Le studio a honoré la demande d’Hiromu Arakawa elle-même, et la série a bifurqué par rapport au manga en ne couvrant que sept tomes du matériau original avant de proposer une fin totalement différente. Une anecdote éclaire ce choix étrange : Arakawa avait préparé la fin du manga bien à l’avance, et comme l’anime de 2003 allait se terminer avant que son histoire ne le fasse, elle a voulu que les scénaristes de FMA 2003 créent quelque chose de complètement séparé, pour ne pas spoiler sa propre conclusion. Une démarche assez rare dans l’industrie de l’anime, où l’on préfère généralement geler la production plutôt que de réinventer un final.
Le résultat scénaristique a nécessité de sacrifier des pans entiers de l’univers manga. En créant une toute nouvelle fin pour Fullmetal Alchemist, les scénaristes ont dû couper des personnages du manga, comme May Chang et Olivier Mira Armstrong. Pire encore pour les puristes : des personnages mineurs ont pris une ampleur disproportionnée. Rose Thomas, un personnage mineur qui n’avait pas beaucoup de rôle dans le manga, a un rôle vital dans le complot de Dante dans FMA 2003. Même Lust, l’une des homoncules les plus emblématiques, change complètement de nature : alors que dans Brotherhood, Lust est la première homoncule tuée dans la série, dans la série FMA elle joue un rôle important, étant le résultat de la tentative du frère de Scar de ressusciter sa femme décédée.
Le fameux final : nazis, dimensions parallèles et un cameo qui divise encore
La conclusion proprement dite tient plus du délire steampunk que du drame alchimique. L’original se termine avec son film, Conqueror of Shamballa, qui est bizarre pour le moins, envoyant Ed dans une dimension alternative où il essaie de survivre dans ce qui est essentiellement l’Allemagne nazie. Le scénario embarque carrément la Société de Thulé dans l’intrigue : la Société de Thulé veut aller en Amestris pour récupérer des armes qui l’aideraient dans la Seconde Guerre mondiale.
La suite est encore plus étrange. Traqués par des doubles d’univers alternatifs, les personnages se retrouvent dispersés à travers les dimensions, Greed prend une nouvelle transformation, et le film présente même un caméo bizarre, et profondément malvenu, de nul autre qu’Hitler. Ce n’est pas un détail anodin dans l’histoire de la franchise : la fin de l’anime original a rebuté de nombreux spectateurs. Aujourd’hui encore, quasiment personne dans la communauté FMA ne défend sérieusement ce choix scénaristique, même les nostalgiques du style plus sombre de 2003 admettent volontiers le naufrage narratif de ce dénouement.
Brotherhood : la fidélité au manga comme argument de vente
Six ans après la diffusion de la série originale, Bones remet le couvert. Fullmetal Alchemist: Brotherhood est la deuxième adaptation animée du manga Fullmetal Alchemist de Hiromu Arakawa, après la série animée de 2003. La série démarre le 5 avril 2009 sur les antennes japonaises MBS et TBS, cette fois avec un objectif clairement affiché : coller au plus près à l’œuvre originale.
Le contexte de production change tout. Il existe des différences majeures entre les deux anime Fullmetal Alchemist : la série de 2009 est bien plus fidèle au manga source, puisque la version écrite ne s’est achevée qu’à la mi-2010. Arakawa avait cette fois quasiment fini son histoire au moment où Brotherhood entamait sa diffusion, ce qui a permis aux scénaristes de suivre le tracé exact de l’intrigue jusqu’à son terme naturel. La série télévisée, produite par BONES, a été diffusée sur les réseaux Mainichi Broadcasting System et TBS Television au Japon du 5 avril 2009 au 4 juillet 2010, comprenant 64 épisodes.
Le grand antagoniste change également de visage. Là où 2003 misait sur Dante, Brotherhood recentre l’intrigue sur Father, l’entité originelle derrière la création des homoncules, orchestrant un plan bien plus ambitieux de prise de contrôle du pays entier. L’histoire de FMAB se déplace vers le principal méchant, Father, qui cherche à conquérir le monde, ce qui rend l’anime plus classique tout en ajoutant une couche de complexité supplémentaire. Ce choix installe une mécanique de conspiration nationale bien plus cohérente que le fatras dimensionnel de la première version.
Un consensus critique rarement aussi unanime
Sur le plan de la réception, le verdict est sans appel du côté de la fidélité narrative. Brotherhood adapte fidèlement la fin du manga, bouclant chaque point d’intrigue et chaque personnage d’une manière magnifique, avec une sensation organique qui tisse tous les éléments introduits précédemment en offrant une clôture naturelle. Une performance technique aussi : la production a nettement gagné en ambition visuelle par rapport à son aînée. Si les deux séries affichent une animation de haute qualité, l’anime de 2009 présente une animation nettement plus avancée, la série de 2003 contenant plusieurs scènes où seul le personnage qui parle bouge, sans rien dans l’arrière-plan.
Un chiffre mérite d’être glissé ici, presque anecdotique mais révélateur : sur MyAnimeList, seuls 37 avis sur 982 déconseillent Brotherhood, contre 4 sur 244 pour la version 2003, une proportion presque identique qui rappelle que la fidélité au canon n’a jamais été la seule mesure de la qualité d’un anime. Ce qui n’empêche pas Brotherhood d’être aujourd’hui cité, saison après saison, comme la référence absolue quand il s’agit de recommander un point d’entrée dans l’univers d’Arakawa, loin devant son prédécesseur devenu davantage une curiosité culte qu’une porte d’entrée conseillée.
Sources : strangestoryteller.com | manga.fandom.com