Keaton ne tournait pas le cou en 1989, Halle Berry se faisait recoller son costume en 2004 : celui qui imposait des pauses entre chaque combat n’est aucun des deux

La réponse ne se cache pas bien loin, mais elle surprend quand même : celui dont le costume imposait des pauses entre chaque scène de baston, ce n’est ni Michael Keaton ni Halle Berry. C’est Christian Bale, l’homme qui a porté la cape la plus lourde de l’histoire du cinéma de super-héros, au sens propre comme au figuré. Sous sa cagoule de latex, l’acteur manquait littéralement d’air entre les prises, au point de devoir tout arrêter pour ne pas tomber dans les pommes en plein tournage.

À retenir

  • Un acteur Batman a littéralement manqué d’air entre les prises, au point de voir des étoiles
  • Le costume de 1989 était si rigide que l’acteur ne pouvait pivoter que le buste entier
  • Le vrai coupable ne s’appelle ni Keaton ni Berry, mais ce nom va vous surprendre

Keaton, la statue qui ne tournait pas la tête

Retour en 1989. Tim Burton lance sa vision gothique de Gotham et Michael Keaton enfile un costume en caoutchouc moulé qui deviendra culte. Le problème, c’est que ce Batsuit fondateur a été conçu comme une armure rigide plutôt que comme un vêtement. La cagoule avait ses coutures festonnées collées et boulonnées par-dessus la cape, ce qui rendait presque impossible pour Michael Keaton de tourner la tête sans l’endommager. Résultat : pour regarder sur le côté, l’acteur devait pivoter tout le buste, une contrainte que Tim Burton a fini par transformer en atout dramatique.

Cette rigidité a d’ailleurs fait des émules. Ce problème a touché aussi les acteurs Val Kilmer, George Clooney et Christian Bale, jusqu’à ce que le Batsuit soit radicalement redessiné pour The Dark Knight en 2008, l’incapacité de Batman à tourner la tête devenant même un point de scénario dans le film de Christopher Nolan. le défaut du costume de 1989 a hanté la franchise pendant près de vingt ans avant d’être officiellement réglé.

Halle Berry, la combinaison qui ne tenait qu’à un fil

Quinze ans plus tard, changement total de registre. Le Catwoman de 2004, avec Halle Berry, reste tristement célèbre pour son scénario mais aussi pour sa tenue, un assemblage de cuir déchiré, de latex et de bottines à talons dessiné par Angus Strathie. Le costume se composait d’un pantalon en cuir volontairement griffé, d’une large ceinture, de gants montant jusqu’au coude ornés de griffes en strass, et d’un haut en cuir façon bikini, le tout surmonté d’un masque de chat couvrant toute la tête. Une pièce si controversée que des photos du costume avaient fuité pendant le tournage et provoqué un choc chez la production, la productrice reconnaissant qu’il s’agissait d’une version encore imparfaite du design final.

Un ensemble aussi minimaliste, taillé dans des matières qui craquent et qui glissent, n’était clairement pas pensé pour encaisser des heures de cascades. Le film a d’ailleurs raflé quatre Razzies, les récompenses ironiques des pires productions de l’année, un signe que ni le scénario ni le costume n’ont convaincu grand monde. Mais aussi inconfortable et fragile soit-il, ce n’est toujours pas lui qui a forcé l’équipe à s’arrêter entre deux combats.

Christian Bale, le vrai responsable des pauses forcées

Voici donc le nom qui manquait. Sur Batman Begins puis The Dark Knight, Christian Bale a hérité d’un Batsuit repensé pour paraître plus tactique, plus crédible, presque militaire. Mais la cagoule, elle, restait un piège. L’acteur a raconté à quel point l’objet devenait suffocant une fois en action : quand il faisait froid la cagoule était extrêmement serrée, et elle devenait plus souple à mesure qu’il se réchauffait dedans, mais après quelques prises il avait du mal à respirer correctement par le nez, au point de commencer à voir des étoiles et de devoir l’enlever. Sur le tout premier film, c’était encore pire : il ne pouvait même pas la retirer seul.

Cette suffocation n’était pas un simple détail de tournage, c’était une contrainte de production à part entière. Impossible d’enchaîner les prises de combat sans marquer un temps d’arrêt pour permettre à l’acteur de respirer, de s’hydrater et de repartir sur des bases stables. Certains témoignages parlent même d’un effet autoclave, le costume conçu en latex mousse pour Batman Begins provoquant migraines et épuisement, l’acteur le comparant à une sorte de cocotte-minute dans laquelle respirer relevait de l’exploit. Difficile de trouver image plus parlante pour résumer ce que représentait, littéralement, chaque scène d’action tournée dans cette tenue.

Et Bale n’était pas seul à souffrir de ce genre de calvaire logistique. Sur Batman Forever, en 1995, Val Kilmer était à ce point prisonnier de son costume que l’équipe technique devait l’aider pour s’asseoir, pour se lever et pour marcher. Une dépendance physique totale au personnel de plateau, qui rendait chaque déplacement entre deux prises presque aussi chorégraphié que les combats eux-mêmes. Bale a lui-même transmis un conseil resté célèbre à son successeur Ben Affleck sur ce sujet précis : s’assurer de pouvoir aller aux toilettes sans l’aide de personne, car il fallait quelqu’un pour l’aider à sortir du costume, ce qui était un peu humiliant.

Ce qui frappe, avec le recul, c’est la logique presque contradictoire de ces costumes de super-héros premières générations : plus ils devaient impressionner à l’écran, plus ils emprisonnaient concrètement l’acteur qui les portait. Il aura fallu attendre la refonte du Batsuit pour The Dark Knight, avec sa cagoule enfin désolidarisée du cou et ses matériaux plus souples, pour que Bale retrouve un peu d’air entre deux uppercuts. Une petite révolution technique qui explique aussi, en partie, pourquoi les productions actuelles investissent autant dans des tissus respirants et des impressions 3D plutôt que dans le latex brut d’il y a vingt ans.

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