Les fans opposaient Naruto et 666 Satan depuis 2001 : ce qu’ils ignoraient sur les deux dessinateurs se voit au premier coup d’œil sur une photo

Un même visage, deux mangas culte. Depuis la sortie de 666 Satan en 2001, les fans s’écharpaient sur les forums pour savoir qui copiait qui entre cette série sombre et Naruto. La réponse crève les yeux dès qu’on pose une photo des deux auteurs côte à côte : Seishi et Masashi Kishimoto ne se ressemblent pas un peu. Seishi Kishimoto est né en tant que jumeau identique cadet de Masashi Kishimoto. Même visage, même date de naissance, même trait de crayon. Le mystère du « plagiat » n’en était pas un.

À retenir

  • Deux mangas culte, deux auteurs au style étrangement similaire : comment internet a créé un scandale de plagiat où il n’y en avait pas
  • Masashi Kishimoto doit intervenir publiquement pour défendre son propre frère contre ses fans déchaînés
  • 25 ans après, la vraie question : pourquoi Seishi a-t-il choisi le silence face au harcèlement plutôt que de révéler la vérité ?

Deux visages identiques, deux destins de mangaka

Né le 8 novembre 1974 à Nagi dans la préfecture d’Okayama au Japon, Seishi Kishimoto est un mangaka japonais, frère jumeau du célèbre Masashi Kishimoto, l’auteur de Naruto. Deux jumeaux, née le même jour, dans la même ville. Le genre de coïncidence qui, ailleurs, ferait sourire. Chez les Kishimoto, elle a viré au malentendu planétaire.

Tout démarre devant la télévision, façon rituel enfantin. C’est en regardant la série Kinnikuman avec son frère qu’ils en viennent à souhaiter tous deux devenir mangakas. Une anecdote presque banale, sauf qu’elle explique tout : les deux frères dessinent des mangas ensemble depuis leur plus jeune enfance, ce qui explique la similitude de leurs styles, chacun ayant d’ailleurs été fréquemment accusé de copier l’autre. Pas une influence à sens unique, donc, mais un terreau commun, cultivé dès le berceau.

666 Satan, ou l’art de naître dans l’ombre de son double

Masashi lance Naruto en 1999 dans le Weekly Shōnen Jump. Deux ans plus tard, Seishi publie sa première série sérialisée. 666 Satan est sérialisé dans Monthly Shōnen Gangan de Square Enix du 11 août 2001 au 12 décembre 2007, pour 76 chapitres compilés en 19 tomes. Aux États-Unis, la série change même de nom au passage, Viz Media licencie 666 Satan pour une sortie en anglais en 2006, mais le titre devient « O-Parts Hunter », probablement pour éviter les foudres religieuses sur le mot « Satan » accolé à un chiffre biblique.

L’histoire elle-même n’a rien à voir avec les ninjas de Konoha : un monde post-apocalyptique, des artefacts magiques appelés O-Parts, et un héros qui porte en lui le démon le plus puissant de la création. Un shōnen d’aventure classique, nerveux, bourré de combats et d’humour. Mais visuellement, le trait rappelle immanquablement celui de Naruto, pour une raison simple : les deux frères sont sortis de la même école de dessin, avec les mêmes réflexes graphiques.

Le procès en plagiat qui n’aurait jamais dû exister

Ce qui aurait pu rester une curiosité biographique a viré au calvaire pour Seishi. Son trait est si semblable à celui de son frère qu’à ses débuts, de nombreux lecteurs ignorant leurs liens familiaux ont reproché à Seishi Kishimoto cette similitude, allant jusqu’à crier au plagiat. Le mangaka s’est retrouvé contraint de sortir du silence sur sa parenté, simplement pour faire cesser le lynchage numérique.

Le phénomène a pris une ampleur qui dépasse la simple polémique de fans. Formé à la même école que son frère, Seishi Kishimoto possède un trait très proche de celui-ci, ce qui lui vaut d’être accusé de plagiat par les fans de Masashi Kishimoto, si fortement que Masashi lui-même intervient auprès de son lectorat pour que la polémique cesse. Imaginez la scène inversée : le créateur d’un des mangas les plus lus au monde qui prend la plume pour défendre son frère jumeau contre ses propres fans. Ça ne s’invente pas.

Côté anglophone, le détail circule aussi : Seishi lui-même note que les similitudes ne sont pas intentionnelles puisqu’ils ont tous deux été influencés par les mêmes choses, tandis que Masashi, plus célèbre, a même demandé aux fans d’arrêter de traiter Seishi de « copieur ». Un aveu qui aurait dû clore le débat en dix secondes, s’il avait circulé plus tôt et plus largement à l’époque.

Deux carrières, deux échelles de succès

Sur le papier, la comparaison tourne vite au grand écart. Naruto a connu une trajectoire hors norme : la série, sérialisée de 1999 à 2014, a vendu plus de 250 millions d’exemplaires dans le monde répartis dans 46 pays, selon les chiffres de mai 2019. De quoi faire de Masashi Kishimoto l’un des mangakas les plus riches et les plus taxés du Japon, année après année.

Seishi, lui, n’a jamais cherché à rivaliser sur ce terrain. Après 666 Satan, il a construit une carrière discrète mais régulière : il a depuis complété quatre autres séries manga, Blazer Drive (2008-2011), Kurenai no Ōkami to Ashikase no Hitsuji (2011-2013), Sukedachi 09 (2014-2016) et Mad Chimera World (2017-2019). Pas de succès planétaire, pas d’adaptation anime pour 666 Satan malgré sa popularité en France, mais une constance qui force le respect. Il a fait sa place, à sa manière, loin des projecteurs braqués sur son frère.

Ce qui frappe finalement, en creusant cette histoire vingt-cinq ans après les premiers chapitres, c’est moins la ressemblance graphique que le silence assumé de Seishi face au harcèlement. Il aurait pu clarifier sa filiation dès le premier tome. Il a préféré laisser le travail parler, quitte à essuyer des années d’accusations injustes. Une leçon d’humilité que peu de créateurs, dans l’industrie ultra-compétitive du manga, auraient eu la patience d’endurer.

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