Hideaki Anno a reçu des menaces de mort après la fin diffusée en 1996 : les fans viennent seulement de comprendre pourquoi il a tourné End of Evangelion

Mars 1996. Les deux derniers épisodes de Neon Genesis Evangelion viennent de s’achever sur des visages griffonnés au feutre, des dialogues abstraits et un « félicitations » lancé sans crier gare. Le choc est tel qu’Hideaki Anno, le créateur de la série, va recevoir des lettres d’insultes et, pour certaines, de véritables menaces de mort. Trente ans plus tard, les fans comprennent enfin ce qui s’est réellement passé derrière ces fameuses lettres glissées à l’écran dans The End of Evangelion, et la vérité est bien plus nuancée que la légende qui circule depuis des décennies.

À retenir

  • Les épisodes 25 et 26 d’Evangelion ont provoqué une vague de courriers haineux contre Anno, mais le contexte était bien plus complexe
  • End of Evangelion n’a pas été créé pour répondre aux fans en colère, mais pour livrer la conclusion originellement prévue
  • Les fameuses lettres de menaces affichées à l’écran n’étaient pas du vrai courrier de fans et provenaient largement de l’équipe elle-même

Une fin qui a mis le feu aux poudres chez Gainax

Le contexte, d’abord. Quand les épisodes 25 et 26 de Neon Genesis Evangelion ont été diffusés au Japon en mars 1996, la vague de réactions qui a suivi a été considérable. Le créateur Hideaki Anno a reçu une quantité impressionnante de courriers haineux, dont des menaces de mort, pour cette conclusion qui semblait trahir la prémisse du show, à savoir des ados pilotant des robots géants pour repousser des créatures cosmiques. Au lieu de ça, le spectateur se retrouvait face à une plongée introspective dans la psyché de Shinji Ikari.

La colère ne s’est pas arrêtée aux boîtes aux lettres. Les studios Gainax, la société de production responsable d’Evangelion, ont eux aussi été vandalisés par des graffitis tout aussi agressifs. Anno traversait alors une période personnelle compliquée : avec un budget de plus en plus serré et sa propre santé mentale interférant fortement avec l’écriture, la production d’Evangelion était déjà chaotique avant même que le public ne s’en mêle. Le réalisateur lui-même a confié, dans une interview donnée pour célébrer l’adaptation en film, que les épisodes 25 et 26 diffusés à la télévision reflétaient directement son état d’esprit à ce moment-là, et qu’il ne les regrettait pas.

Pourquoi Anno a vraiment tourné End of Evangelion

Contrairement à l’idée reçue, The End of Evangelion n’est pas né d’un désir de vengeance contre les fans mécontents. C’est même l’inverse. Le film se rapproche en réalité du concept original prévu pour la fin de la série télévisée, une version abandonnée à cause de problèmes de budget et de censure. Ce que le public a découvert en salles en juillet 1997 n’était donc pas une provocation gratuite, mais la conclusion qu’Anno avait toujours voulu livrer, avant que les contraintes de production ne l’obligent à bifurquer vers quelque chose de plus abstrait pour la diffusion TV.

Le processus n’a rien eu d’apaisant pour son créateur. Dans le documentaire de la NHK consacré à la fabrication du film, Anno explique comment la réaction extrêmement négative à la fin de sa série l’a plongé dans une spirale suicidaire qui l’a privé de son envie de créer. De plus, de sa volonté de vivre. Le « cadeau » que les fans réclamaient a été fabriqué par un homme au bord du gouffre, contraint de retourner dans un univers qui venait de le briser.

Le vrai twist : ces lettres n’étaient pas ce que tout le monde croyait

Voici la partie que les fans viennent seulement de vraiment intégrer. Ces fameuses lettres qui défilent à l’écran vers la fin du film, celles qu’on a toujours présentées comme la preuve accablante de la haine des fans envers Anno ? La réalité est bien différente. La grande majorité de ces « menaces de mort » étaient en fait des lettres de louanges et d’encouragements. Seules deux peuvent réellement être considérées comme des menaces de mort, et une seule comme du courrier haineux.

Il y a plus troublant encore : ces lettres n’étaient même pas du vrai courrier de fans. Dans une interview donnée au Tokyo International Film Festival, Anno a révélé qu’il existait des raisons légales empêchant l’utilisation du véritable courrier des fans, si bien que les textes affichés à l’écran avaient en réalité été écrits par l’équipe elle-même. Et ce n’est pas tout : Anno a lui-même révélé en interview qu’un ami proche avait écrit les lignes les plus insultantes ou diffamatoires, et il a admis que cet ami les avait « vraiment bien écrites », au point de leur donner un sentiment d’authenticité troublant.

Autre confusion largement répandue : ces messages ne concernaient même pas la fin de la série télévisée. Les menaces de mort montrées à l’écran étaient en réalité liées à la fin de Evangelion: Death and Rebirth, et non à celle de la série TV. Un détail qui change beaucoup de choses : le film n’était pas construit comme une réponse rageuse aux insultes de 1996, mais comme une méditation, presque méta, sur la relation tendue entre un créateur et son public au fil de tout un processus, étalé sur plus d’un an.

Il faut noter que ce schéma s’est répété. En 2021, à la sortie de Evangelion: 3.0+1.0 Thrice Upon a Time, le studio de Khara (fondé par Anno après Gainax) a dû publier un communiqué menaçant de poursuivre en justice les auteurs de commentaires diffamatoires ou de menaces, y compris à l’étranger. Les fans qui connaissent l’histoire se souviennent qu’en 1996, à la fin controversée de la série TV, Anno avait déjà subi une vague de haine de fans mécontents qui souhaitaient publiquement sa mort. Vingt-cinq ans plus tard, la même communauté qui a fait d’Evangelion un phénomène culturel mondial montrait qu’elle n’avait pas totalement tiré les leçons de cette histoire.

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