Elle a détruit 60 combinaisons en latex sur un seul tournage : la raison tient à ce qu’on lui faisait subir avant chaque prise

À retenir

  • Un nombre record de costumes détruits pour un seul rôle cinématographique
  • Des rituels d’habillage aussi complexes que douloureux avant chaque scène
  • Un costume conçu sans considération pour le confort basique de l’actrice

Michelle Pfeiffer et le calvaire de la combinaison Catwoman

Soixante combinaisons en latex détruites en six mois de tournage, à raison de mille dollars pièce. Ce chiffre, digne d’un budget de collection haute couture, appartient à Michelle Pfeiffer et à son rôle le plus mythique : Catwoman dans Batman, le défi, réalisé par Tim Burton en 1992. Les combinaisons étaient si serrées que Pfeiffer en a usé soixante durant les six mois de tournage, chacune coûtant environ mille dollars. De quoi financer plusieurs voitures neuves, littéralement dépensées en morceaux de caoutchouc noir. Mais la vraie histoire ne se trouve pas dans le prix. Elle se cache dans ce qu’on infligeait à l’actrice avant chaque prise, un rituel si éprouvant qu’il explique à lui seul l’hécatombe de costumes.

Avant chaque scène, Pfeiffer subissait un protocole d’habillage qui tenait davantage de l’expérience scientifique que de l’essayage de plateau. Selon l’actrice, l’équipe de Batman Returns devait recouvrir tout son corps de talc avant de l’aider à enfiler la combinaison, puis, une fois celle-ci en place, la scellait sous vide, rendant la respiration presque impossible. Concrètement : du talc pour faciliter le glissement du latex sur la peau, puis une mise sous vide littérale, comme on emballerait une pièce de viande pour la conservation. Le résultat visuel est spectaculaire, cette seconde peau parfaitement lisse qui a fait le tour du monde, mais le prix physique payé par l’actrice à chaque prise était énorme.

Un tournage sous silicone et sous tension

Le talc et le vide sous pression n’étaient que la première étape. Pour obtenir cet effet brillant si caractéristique, digne d’une carrosserie fraîchement cirée, l’équipe technique appliquait ensuite une couche de silicone liquide directement sur le costume. Pfeiffer racontait : « C’était le costume le plus inconfortable que j’aie jamais porté. Ils devaient me poudrer, m’aider à entrer dedans, puis emballer la combinaison sous vide. Ils la peignaient ensuite avec une finition à base de silicone pour lui donner son éclat caractéristique. » Une chorégraphie répétée à chaque nouvelle prise, sur un tournage qui a duré six mois entiers.

Le masque, lui, n’était pas en reste côté souffrance. Loin d’être un simple accessoire, il devenait un véritable étau facial. L’actrice décrivait : « Ça venait littéralement me serrer la peau. Je n’étais autorisée à le porter que pour un nombre d’heures limité. Je me disais : je ne peux pas bouger, je ne peux pas respirer, je ne peux pas réfléchir. Je suis malheureuse. » Ajoutez à cela des griffes acérées dans lesquelles elle se prenait constamment les doigts et les vêtements, et vous obtenez un costume qui semblait avoir été conçu pour punir plutôt que pour sublimer. Pfeiffer confiait aussi : « J’avais ces griffes, et je les accrochais toujours dans des trucs. Le masque m’écrasait le visage et m’étouffait. »

Le pire ? La combinaison ne prévoyait initialement aucune solution pour aller aux toilettes. Il a fallu ensuite rigger le costume, une fois déjà fabriqué, pour lui permettre d’utiliser les sanitaires, un détail qui en dit long sur la façon dont était pensé (ou pas) le confort des actrices dans les années 1990. On imagine mal aujourd’hui un tel oubli passer inaperçu lors des essayages.

Pourquoi les costumes cédaient un par un

Le latex, contrairement au cuir ou au tissu élastique classique, est une matière capricieuse. Il se déchire à la moindre tension excessive, se distend sous la chaleur des projecteurs et perd son élasticité dès qu’il est trop manipulé. Multipliez cela par des scènes de cascades, des combats chorégraphiés et des heures d’attente entre les prises sous des éclairages brûlants, et vous comprenez pourquoi chaque combinaison ne tenait que quelques utilisations avant de finir à la poubelle. Pfeiffer a réalisé elle-même bon nombre de ses cascades en tant que Catwoman, y compris le maniement du fouet et les scènes de combat, même si les figures de style comme les roues étaient assurées par sa doublure. Un investissement physique total, dans un costume qui ne pardonnait aucune erreur de mouvement brusque.

Et l’histoire ne s’arrête pas au clap de fin. Le supplice a laissé une trace si vive chez l’actrice qu’elle a préféré ne garder aucune trace matérielle de l’expérience. Il n’est guère surprenant que l’actrice ait admis avoir brûlé toutes les combinaisons de Catwoman une fois le tournage terminé. Un autodafé symbolique, comme pour clore définitivement un chapitre aussi marquant qu’épuisant de sa carrière. Trente ans plus tard, le costume reste pourtant l’un des plus copiés de l’histoire du cinéma de super-héros, reproduit chaque Halloween par des milliers de fans qui, eux, n’auront jamais à subir le talc, le vide d’air et le silicone liquide.

Un mal nécessaire devenu culte

Ce qui frappe avec le recul, c’est le contraste entre la souffrance en coulisses et l’aura quasi mythologique du résultat à l’écran. Le costume, né d’un choix esthétique radical de la costumière Mary Vogt, misait justement sur cette esthétique fétichiste et brillante propre au latex. Vogt expliquait : « On savait qu’on voulait que ce soit noir, sexy, moulant et brillant. Le latex, c’est aussi noir, sexy et moulant que possible. » Le souci esthétique justifiait presque tout, y compris l’inconfort permanent imposé à l’actrice principale.

Ce type de sacrifice physique n’est d’ailleurs pas isolé dans l’histoire des costumes de cinéma de genre. D’autres actrices ont raconté des épreuves similaires avec leurs combinaisons intégrales, entre chaleur suffocante et matières qui ne respirent pas. Mais peu de tournages ont laissé une anecdote aussi frappante que ces soixante costumes sacrifiés, un chiffre qui, trente ans après la sortie du film, continue de circuler comme la preuve ultime que derrière chaque combinaison iconique du grand écran se cache souvent un calvaire méthodiquement organisé, prise après prise.

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