Sept ans. C’est le temps qu’il aura fallu à Marvel Studios pour transformer l’un de ses projets les plus attendus en cas d’école du développement raté à Hollywood. Le constat est désormais officiel : le reboot de Blade avec Mahershala Ali ne se fera pas, ou du moins plus avec lui dans le rôle-titre.
Tout avait pourtant commencé dans l’euphorie. En 2011, Marvel Studios regagne les droits de Blade auprès de New Line Cinema, et un futur reboot du personnage, porté par Mahershala Ali, est annoncé lors du Comic-Con de San Diego 2019, aux côtés de plusieurs autres projets. Sur scène, l’acteur double oscarisé enfile une casquette floquée « BLADE » sous les hurlements du Hall H. Le symbole est fort : Marvel confie enfin son chasseur de vampires à un comédien au sommet de sa carrière, dans la foulée d’Avengers: Endgame. Rien ne laissait présager que cette annonce deviendrait, sept ans plus tard, la référence absolue du développement qui tourne en rond.
À retenir
- Pourquoi le projet le plus attendu de Marvel n’a jamais vu le jour malgré 7 ans de développement
- Les aveux brutaux de Kevin Feige et Mahershala Ali sur l’effondrement du reboot
- Comment Wesley Snipes a eu le dernier mot dans Deadpool & Wolverine
Une avalanche de départs et de réécritures
Le calvaire commence dès la pandémie. La production et le développement de Blade subissent des retards inévitables à cause de la pandémie mondiale et des grèves qui ont paralysé l’industrie. Mais le vrai signal d’alarme vient des changements de metteur en scène. Le projet voit deux réalisateurs le quitter, d’abord Bassam Tariq, qui visait un tournage à l’automne 2022, puis Yann Demange. Ce dernier abandonne le navire alors que le scénariste chevronné de Marvel, Eric Pearson, travaille sur le script, avec Mahershala Ali toujours prévu pour incarner le chasseur de vampires mi-humain.
Aucun réalisateur ne sera jamais retenu de façon définitive. Le casting, lui, avance un peu plus vite sur le papier : Mia Goth doit incarner la super-vilaine Lilith dans le film, et confie que Marvel « tient vraiment » à réussir, qu’ils veulent faire un grand film, et que cette impression lui fait du bien. Une déclaration optimiste, en 2024, qui n’aura pas résisté au temps. En décembre 2025, l’actrice reconnaîtra elle-même dans une interview qu’elle ne sait plus où en est le projet, qui se serait « effiloché » après la préproduction.
Selon des informations relayées récemment, la version envisagée à un moment donné situait l’intrigue dans les années 1920, avec Lilith présentée comme la fille de Dracula convoitant le sang de la fille de Blade. Les costumes de cette version abandonnée auraient même été revendus pour le film Sinners de Ryan Coogler. Une anecdote qui en dit long sur l’ampleur du gâchis créatif accumulé.
Retiré du calendrier, puis officiellement enterré
Le couperet tombe fin 2024. Disney retire le reboot de Blade porté par Mahershala Ali du calendrier de sorties, alors qu’il était daté du 7 novembre 2025, et le remplace par Predator: Badlands à cette date, tout en ajoutant trois projets non titrés pour 2028. Cette décision de retirer Blade du planning était largement attendue après que le PDG de Disney, Bob Iger, a annoncé lors d’un point sur les résultats que Marvel ne sortirait « qu’un maximum de trois » films par an.
Puis vient l’aveu, brutal et sans détour. Kevin Feige, patron de Marvel Studios, lâche sur le podcast Happy Sad Confused une phrase qu’on n’entend jamais de la bouche d’un dirigeant de studio : « Je me sens comme un immense loser et un échec de ne pas avoir réussi à lancer le projet avec Mahershala. » Une rareté dans la communication policée de Disney. Feige va plus loin en évoquant les raisons du naufrage : « Pour la toute première fois, la quantité a primé sur la qualité », a-t-il expliqué, ajoutant qu’ils ne voulaient pas simplement mettre une tenue en cuir sur Ali et le faire tuer des vampires, qu’il fallait que ce soit unique, et que le projet est tombé au moment où le studio a commencé à se recentrer en n’acceptant plus que ce qui était « insanely great ».
Mahershala Ali, de son côté, ne mâche plus ses mots non plus. Interrogé par GQ, l’acteur confirme avoir tourné la page : il explique avoir « passé à autre chose » concernant le projet de jouer le chasseur de vampires iconique popularisé par Wesley Snipes dans les années 1990 et 2000, ajoutant : « S’ils avaient voulu le faire, on l’aurait fait. » Une pique à peine voilée envers le studio, renvoyant la responsabilité de l’échec à ses dirigeants.
Wesley Snipes, le seul et unique Blade ?
Il y a un clin d’œil qui prend, avec le recul, des allures de prophétie. Dans Deadpool & Wolverine, sorti en 2024, Marvel fait revenir Wesley Snipes dans son propre costume culte des années 1990-2000. Juste avant de faire exploser un bâtiment au lance-missiles, l’acteur lâche une réplique devenue culte : « Il n’y a jamais eu qu’un seul Blade, il n’y en aura jamais qu’un seul. » Une phrase écrite pour le fan service, mais qui sonne aujourd’hui comme un aveu scénaristique avant l’heure.
Reste la question qui obsède les fans depuis l’été : le personnage va-t-il totalement disparaître de l’univers Marvel, ou ressurgir sous une autre forme ? Les rumeurs les plus récentes évoquent un possible Midnight Sons, film d’équipe supernatural qui récupérerait le concept sans en faire porter le poids à un seul acteur, et un rapport d’insider datant de mai 2026 évoque même la possibilité que Marvel envisage d’inclure Blade dans Avengers: Secret Wars, prévu en 2027, sans préciser quelle version du personnage pourrait apparaître, ce qui a immédiatement suscité la discussion chez les fans. Rien n’est confirmé côté studio. Mais après sept ans de fausses promesses, difficile de ne pas accueillir la moindre annonce avec une bonne dose de scepticisme.
Sources : threads.com | movieweb.com