Des centaines d’enfants japonais ont fini à l’hôpital le 16 décembre 1997 : le Pokémon banni à vie depuis n’est pas celui que tout le monde accuse

Le 16 décembre 1997 à 18h30, des centaines d’enfants japonais convulsent devant leur poste de télévision en pleine diffusion d’un épisode de Pokémon. En quelques minutes, des centaines d’enfants sont admis dans des hôpitaux japonais avec des symptômes allant des nausées aux crises convulsives complètes, jusqu’à la perte de conscience. Depuis, tout le monde pointe du doigt le même coupable : Porygon, ce Pokémon numérique en forme de polygone dont c’était justement l’épisode. Mais la véritable histoire est nettement plus tordue, et le vrai responsable n’est autre que la mascotte la plus adorée de la franchise.

À retenir

  • Un épisode de Pokémon provoque des centaines de crises convulsives en direct à la télévision japonaise
  • Le Pokémon accusé du scandale n’a jamais déclenché le flash lumineux fatal
  • Une mascotte trop précieuse pour être compromised, un Pokémon obscur sacrifié pour l’éternité

Un épisode banni pour toujours, mais pas pour la bonne raison qu’on croit

L’épisode en question s’appelle Dennō Senshi Porygon, littéralement « Le Soldat virtuel Porygon », 38ᵉ épisode de la toute première saison. Il s’agit du 38ᵉ épisode de la première saison de l’anime Pokémon, dont l’unique diffusion au Japon le 16 décembre 1997 a provoqué des crises d’épilepsie photosensible chez des enfants à travers tout le pays. Ce soir-là, l’audience est colossale : l’épisode obtient les meilleures audiences de son créneau horaire, regardé par environ 4,6 millions de foyers, diffusé sur plus de 37 chaînes.

Le scénario suit Sacha et ses compagnons transportés dans un univers numérique parallèle après un dysfonctionnement du système de transmission des Poké Balls. Ils y croisent Porygon, un Pokémon informatique créé par le professeur Akihabara, utilisé pour explorer ce monde virtuel face à la Team Rocket. Rien d’alarmant jusque-là. Le problème survient vingt minutes plus tard, lorsque l’infirmière Joëlle, croyant faire face à un virus informatique, lance un programme antivirus qui tire des « missiles-vaccins » sur les héros. Vingt minutes après le début de l’épisode, Pikachu stoppe des missiles avec son attaque Éclair, provoquant une explosion qui fait clignoter rapidement des lumières rouges et bleues.

Et c’est précisément là que tout dérape. Cette scène n’est pas une explosion classique : les animateurs ont utilisé une technique appelée « paka paka », deux procédés d’animation, appelés « paka paka » et « flash », qui rendent la scène particulièrement intense, avec des clignotements d’environ 12 Hz pendant environ six secondes. Douze flashs par seconde, alternant rouge et bleu à pleine saturation, pendant six secondes. Pour un cerveau photosensible, c’est une bombe à retardement.

685 enfants, des ambulances, et un Nintendo qui tremble en bourse

Les chiffres donnent le vertige. L’événement a envoyé 685 enfants à l’hôpital en ambulance, victimes de crises, de troubles de la vue et de convulsions. Répartition précise : 685 spectateurs, dont 310 garçons et 375 filles, ont subi des crises. Un chiffre suffisamment marquant pour que l’épisode décroche, des années plus tard, une reconnaissance Guinness liée au plus grand nombre de convulsions provoquées par un programme télévisé, selon plusieurs sources spécialisées.

La grande majorité des victimes récupèrent en quelques minutes dans l’ambulance ou à leur arrivée aux urgences. Mais pas toutes. Plus de cent-cinquante enfants ont été hospitalisés, dont deux ont été gardés en observation à l’hôpital durant plus de deux semaines. L’onde de choc dépasse largement le cadre médical : les actions de Nintendo, qui produisait les jeux vidéo à l’origine de la série, ont chuté d’environ 5%. Une chaîne de location vidéo japonaise va même jusqu’à retirer temporairement toute la série de ses rayons le temps de l’enquête.

Face à l’ampleur du scandale, la diffusion s’arrête net. La série a été suspendue d’antenne pendant quatre mois, jusqu’au 16 avril 1998. Un délai qui aurait pu tuer une franchise naissante, un an à peine après sa création par Satoshi Tajiri. Mais Pokémon revient, plus fort, avec un générique retravaillé et de nouvelles règles de diffusion pour tout le petit écran japonais : les images clignotantes ne doivent plus dépasser certaines fréquences, ni occuper une trop grande partie de l’écran, ni durer plus de deux secondes d’affilée.

Porygon, le bouc émissaire qui n’a jamais rien fait

Voici le twist que peu de gens connaissent vraiment : l’attaque à l’origine du flash mortel n’est pas celle de Porygon. C’est Pikachu qui déclenche l’explosion fatale avec son attaque Tonnerre. Porygon, lui, se contente d’exister dans le décor de cet épisode, sans jamais produire le moindre flash lumineux. Et pourtant, c’est bien lui qui paie l’addition pour l’éternité.

Depuis ce 16 décembre 1997, l’épisode n’a jamais été rediffusé, ni au Japon ni à l’étranger, ni même sorti en VHS ou DVD, et dans le but de faire oublier l’incident, Porygon n’est plus apparu depuis dans aucun épisode de la série, tout comme son évolution Porygon2. on a banni le témoin plutôt que le coupable. Pikachu, la mascotte qui rapporte des milliards à la franchise, était bien trop précieux pour être associé publiquement au scandale. Porygon, Pokémon obscur et peu vendeur, a servi de fusible parfait : un forum de fans résume la situation avec une formule qui a fait mouche, ironisant sur le fait que Porygon se fait bannir alors que c’est à cause de l’attaque de Pikachu qu’il y a eu des crises d’épilepsie.

Ce choix n’a rien d’anodin sur le plan commercial. Rappeler au public que l’attaque électrique emblématique de Pikachu a littéralement hospitalisé des enfants aurait été un cauchemar marketing. Effacer un Pokémon secondaire de la circulation, en revanche, ne coûte rien à la franchise. Porygon continue bien d’exister dans les jeux vidéo et le jeu de cartes, mais dans l’anime, il reste персона non grata depuis près de trente ans.

Un détail rarement mentionné achève de rendre l’histoire encore plus injuste pour le pauvre Pokémon polygonal : dans l’épisode, ce n’est même pas le Porygon « gentil » qui accompagne les héros, mais une copie pirate contrôlée par la Team Rocket qui sert de déclencheur à l’enchaînement d’événements menant à la scène fatale. Deux Porygon, zéro responsabilité directe dans le flash, et pourtant un bannissement collectif qui dure depuis près de trois décennies. La prochaine fois qu’un épisode de dessin animé disparaît mystérieusement des plateformes de streaming, il y a peut-être, derrière, une histoire de bouc émissaire tout aussi tordue que celle-ci.

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