Depuis le 28 août 2026, on sait enfin où atterrira la prochaine création la plus atypique de l’univers Pokémon. Lors d’un panel dédié aux Championnats du Monde Pokémon à San Francisco, on a appris que Les Mésaventures de Palarticho et Pichu sera diffusée en exclusivité mondiale sur Disney+ en 2027, avec une toute nouvelle bande-annonce. Une info qui clôt près de deux ans de mystère. Mais la vraie question n’est pas tant la plateforme que le studio choisi pour donner vie à Palarticho et Pichu : Aardman, la maison britannique de Wallace et Gromit. Et ce choix n’a rien d’un hasard, il s’inscrit dans une longue habitude des géants japonais du divertissement à confier leurs bijoux à des artisans occidentaux, à condition qu’ils cochent une case bien précise.
À retenir
- Pourquoi les studios japonais renoncent-ils à leurs propres créations pour les confier à l’Occident ?
- Quatre précédents spectaculaires qui ont tous généré des milliards : du succès de Donkey Kong à One Piece
- Le secret que Pokémon, Star Wars et Sonic partagent — et que vous n’aviez jamais remarqué
Deux ans de teasing pour un mariage inattendu
La collaboration entre The Pokémon Company International et Aardman, le studio britannique derrière Wallace & Gromit et Shaun le mouton, a été teasée fin 2024. À l’époque, personne ne savait de quoi il retournait précisément. Aardman is collecting properties like Infinity Stones, ironisait alors Slashfilm, en référence à ses collaborations en cascade avec les plus grosses licences du moment. Il aura fallu attendre le Pokémon Presents de juillet 2025 pour connaître le titre du projet, puis Annecy en juin 2026 pour un visuel plus complet : le titre et un premier teaser sont arrivés au Pokémon Presents de juillet 2025, un visuel clé et le synopsis ont suivi au Festival d’Annecy en juin 2026, et voilà donc la plateforme et une nouvelle vidéo qui complètent le tableau.
Le format, lui, ne varie pas d’un iota depuis le début : le format adopté est celui d’un stop-motion à base d’argile, la claymation, emblématique du studio. Et l’histoire semble taillée sur mesure pour Aardman, puisque la bande-annonce en montre un peu plus sur nos deux héros lancés dans leur quête chevaleresque à travers Galar, la région inspirée du Royaume-Uni tout droit sortie de Pokémon Épée et Bouclier. Un studio anglais qui raconte une histoire de chevalerie dans une région pensée comme un décalque de l’Angleterre : difficile de faire plus cohérent. Peter Lord, cofondateur du studio Aardman, a évoqué lors de la présentation le choix de personnages et d’une région « qui nous sont chers ».
Cinq précédents qui dessinent une méthode
Pokémon n’invente rien. Confier une licence née au Japon à un studio occidental est une pratique bien rodée, et l’histoire du jeu vidéo et du streaming en regorge. Premier exemple, presque fondateur : dans les années 1990, Nintendo propose aux Britanniques de Rare de développer un jeu basé sur une de ses licences phares avec leur technologie 3D, et ceux-ci choisissent Donkey Kong, avant d’enchaîner avec GoldenEye 007. Même logique côté Metroid : Retro Studios est un studio américain filiale de Nintendo, basé à Austin, au Texas, et c’est là que naît Metroid Prime, premier épisode de la série développé hors du Japon.
Sega n’échappe pas à la règle. Sumo Digital est un studio de développement indépendant basé à Sheffield, au Royaume-Uni, et c’est lui qui signe Team Sonic Racing, jeu de course développé par Sumo Digital et publié par Sega en 2019. Au cinéma, la licence Pokémon elle-même a déjà expérimenté la formule : Détective Pikachu a généré 433 millions de dollars de recettes au box-office, devenant à l’époque la deuxième adaptation de jeux vidéo la plus rentable, une suite ayant même été commandée au studio américain Legendary Entertainment. Et côté anime, la maison de production Tomorrow Studios a bâti toute sa réputation là-dessus : One Piece est une série télévisée en prises de vues réelles produite par Tomorrow Studios pour Netflix, un succès si franc que la saison 3, créée en partenariat avec Shueisha et produite par Tomorrow Studios, est confirmée pour 2027.
Le point commun : une spécialité qu’aucun studio japonais ne maîtrise mieux
Regardez chacun de ces exemples de près, et le motif saute aux yeux. Ce n’est jamais une question de coût ni de simple délocalisation. Rare avait la technologie de rendu précalculé en 3D que Kyoto ne possédait pas encore. Retro Studios rassemblait d’anciens développeurs de Valve et d’id Software, rompus à la première personne, un savoir-faire alors quasi absent du Japon. Sumo Digital avait bâti son expertise sur des décennies de jeux de course occidentaux. Legendary Entertainment maîtrisait le blockbuster hollywoodien à gros budget. Tomorrow Studios, de son côté, a professionnalisé l’écriture de séries longues au format américain, une compétence que peu de studios japonais cultivent de la même manière.
Aardman coche exactement cette case pour la claymation. Aucun studio nippon ne possède un savoir-faire comparable en stop-motion à base de pâte à modeler, un art qui demande des années d’apprentissage artisanal et que le studio britannique perfectionne depuis les années 1970. Surtout, Aardman avait déjà fait ses preuves auprès d’un autre monstre du divertissement mondial : Star Wars: Visions Volume 2 comprend neuf nouveaux courts-métrages issus de neuf studios à travers le monde, chacun avec sa propre vision de la saga, et Aardman y avait signé un épisode remarqué mettant en scène des Wookiees en pâte à modeler. Lucasfilm avait fait confiance au studio anglais pour toucher à l’un de ses joyaux les plus surveillés. The Pokémon Company n’a fait, en quelque sorte, que suivre cette recommandation.
Reste une ironie savoureuse dans toute cette histoire. Au moment de l’annonce initiale, tout le monde tablait sur Netflix comme diffuseur logique, puisque The Pokémon Company et Aardman ont tous les deux des accords avec Netflix. C’est finalement Disney+ qui a raflé la mise, deux ans après le teasing initial. Un rebondissement qui rappelle que même dans un secteur aussi verrouillé par les contrats que l’animation, le studio le plus adapté à une histoire ne garantit jamais la chaîne qui la diffusera.
Sources : journaldugeek.com | x.com