Damon Lindelof l’a dit sans détour : sa série Lanterns (HBO Max) ne sera pas fidèle aux comics, et il demande aux fans historiques de ne pas la juger à cette aune. Une position confortable pour lui, beaucoup moins pour ceux qui ont grandi avec l’anneau de volonté. Alors avant de débattre de l’adaptation, un test simple : récitez le serment du Corps sans regarder. La plupart s’arrêtent, hésitent ou trébuchent à la troisième ligne. C’est là que se joue la vraie frontière entre lecteur et spectateur occasionnel.
1. Le serment lui-même, ce piège en quatre lignes
« In brightest day, in blackest night, no evil shall escape my sight », tout le monde connaît ça, popularisé par les films, les jeux vidéo et les memes. Le problème arrive ensuite : « Let those who worship evil’s might, beware my power, Green Lantern’s light! » Cette troisième ligne, plus rugueuse, moins mélodique, est celle que la culture pop grand public zappe systématiquement. Elle date des comics originaux des années 1940 (Alan Scott) puis a été reprise par Hal Jordan en 1959. La retenir en entier, c’est déjà avoir ouvert un comic book, pas juste vu une bande-annonce.
2. Hal Jordan, la version que tout le monde croit connaître
Créé en 1959 par John Broome et Gil Kane, Hal Jordan est le pilote d’essai devenu porteur de l’anneau après la mort d’Abin Sur. C’est lui que le grand public associe au nom « Green Lantern », grâce notamment au film Ryan Reynolds de 2011, un film que même les fans préfèrent oublier. Mais réduire le Corps à Hal Jordan, c’est ignorer que l’anneau a changé de main plusieurs fois, et que d’autres porteurs ont marqué l’histoire bien plus profondément que lui sur le plan symbolique.
3. John Stewart, l’architecte qu’on a longtemps sous-estimé
Introduit en 1971-1972 par Denny O’Neil et Neal Adams comme remplaçant occasionnel de Hal, John Stewart est devenu Green Lantern à part entière dans les années 1980, avant d’exploser en popularité grâce à la série animée Justice League (2001), où il est le Green Lantern principal. Architecte de formation, ancien marine, il est aussi celui qui a porté le poids de la destruction de Xanshi, une planète qu’il n’a pas su sauver, l’un des traumas les plus lourds jamais infligés à un porteur de l’anneau.
4. Guy Gardner, celui qu’on adore détester
Apparu en 1968 comme simple remplaçant potentiel de Hal Jordan, Guy Gardner est devenu dans les années 1980, sous la plume de Keith Giffen et J.M. DeMatteis, l’antihéros bagarreur, arrogant et à la coupe au bol la plus détestée du Corps. Il incarne l’idée que la volonté brute peut aussi mal tourner sans la moindre discipline. Les lecteurs de longue date le distinguent immédiatement des autres Lanterns terriens ; les spectateurs occasionnels, eux, le confondent souvent avec un simple clone raté de Hal.
5. Kyle Rayner, le seul qui a porté le Corps tout seul
En 1994, l’arc « Emerald Twilight » de Ron Marz transforme Hal Jordan en Parallax, un antagoniste maléfique, et détruit le Corps des Green Lanterns quasi intégralement. Kyle Rayner, artiste new-yorkais sans lien militaire ni scientifique, devient alors le dernier porteur d’anneau de l’univers pendant plusieurs années. Ce twist, radical et longtemps mal digéré par les puristes, prouve que le Corps a déjà survécu à des ruptures de continuité bien plus violentes que tout ce que Lindelof pourrait proposer aujourd’hui.
6. La faiblesse jaune, remplacée par la peur elle-même
Pendant des décennies, l’anneau vert avait une faiblesse codifiée : il ne fonctionnait pas contre tout ce qui était jaune, une limite exploitée sans relâche par Sinestro. Geoff Johns a bouleversé cette règle dans « Green Lantern: Rebirth » (2004-2005) puis « Sinestro Corps War » (2007) : la vraie faiblesse n’était pas la couleur, mais la peur elle-même, contrôlée par l’entité Parallax et récupérée par le Sinestro Corps. Confondre ces deux ères, c’est révéler en une phrase qu’on n’a jamais dépassé le résumé Wikipédia.
7. Sinestro, le Gardien tombé qui a tout orchestré
Ancien membre honoré du Corps originaire de Korugar, Sinestro a été exclu pour avoir instauré un régime tyrannique sur sa propre planète au nom de l’ordre. Sa chute n’est pas celle d’un simple méchant extérieur : c’est celle d’un des leurs, corrompu par la certitude que la peur maintient l’ordre mieux que la volonté. C’est ce paradoxe, le meilleur Green Lantern devenu son pire ennemi, que toute adaptation, fidèle ou non, doit affronter pour espérer être prise au sérieux.
Lindelof peut bien demander qu’on oublie les comics : le serment, lui, ne pardonne pas les approximations. Trois lignes suffisent à savoir de quel côté de l’anneau on se trouve vraiment.