« Ce n’est pas Motoko » : la phrase lâchée à l’époque de Ghost in the Shell revient à chaque annonce du casting de Destin Daniel Cretton

« Ce n’est pas Motoko. » La formule a resurgi cet été sur les réseaux sociaux, quelques heures à peine après l’annonce du premier grand nom attaché au casting du Naruto en prises de vues réelles. Dix ans après la tempête déclenchée par le choix de Scarlett Johansson dans Ghost in the Shell, le réflexe est devenu presque pavlovien : chaque annonce de casting signée Destin Daniel Cretton pour son adaptation du manga culte de Masashi Kishimoto ravive le même débat, la même angoisse, la même petite phrase glissée en commentaire.

À retenir

  • Une phrase-fantôme qui hante chaque annonce de casting depuis 2016
  • Pourquoi un réalisateur d’origine japonaise ne suffit pas à apaiser les craintes
  • Comment la recherche mondiale de talents change-t-elle vraiment la donne ?

Le fantôme de Motoko plane toujours sur Hollywood

Pour comprendre pourquoi cette référence revient sans cesse, il faut remonter à 2016. Quand la première image de Scarlett Johansson en Major dévoile le visage du futur Ghost in the Shell, la polémique explose immédiatement. La décision de caster Scarlett Johansson comme héroïne cyborg, initialement nommée Motoko Kusanagi, n’est pas bien accueillie, les fans dénonçant du « whitewashing ». Plus de 100 000 personnes signent alors une pétition réclamant qu’un acteur japonais incarne le rôle. Le studio va même jusqu’à se prendre les pieds dans le tapis avec sa propre campagne promotionnelle, certains internautes détournant le slogan de la campagne pour railler le choix de casting. Le film sortira finalement en 2017, avec le succès critique et commercial que l’on sait, c’est-à-dire quasiment aucun.

Cette histoire est devenue, dans la culture fan, une sorte d’étalon de mesure. Chaque fois qu’un studio américain touche à un manga ou un anime, la question ressurgit : va-t-on refaire la même erreur ? Le champ de ruines est déjà bien fourni, entre Dragonball Evolution, Death Note version Netflix ou Avatar: le dernier maître de l’air chez M. Night Shyamalan. Naruto, avec ses 250 millions d’exemplaires vendus dans le monde, représente un enjeu autrement plus explosif.

Cretton, un profil censé rassurer

Sur le papier pourtant, Destin Daniel Cretton n’a rien du réalisateur qu’on soupçonnerait a priori de vouloir gommer les origines japonaises d’une œuvre. Né et élevé à Haiku, sur l’île de Maui à Hawaï, le cinéaste est lui-même à moitié japonais. Il a également prouvé chez Marvel qu’il savait porter une franchise asiatique jusqu’au sommet du box-office avec Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux, avant d’enchaîner sur le très attendu Spider-Man: Brand New Day.

Naruto est en développement depuis 2015, et il aura fallu attendre l’arrivée de Cretton, qui écrit et réalise le film, pour que le projet devienne enfin concret, avec un début de tournage prévu au début de l’année prochaine. En juillet dernier, le réalisateur annonçait sur Instagram le lancement d’une recherche de casting mondiale pour trouver les interprètes du jeune ninja Naruto et de ses coéquipiers de l’équipe 7, Sasuke et Sakura. Une communication où il exprime son honneur de porter à l’écran, pour la toute première fois en prises de vues réelles, l’univers et les personnages imaginés par Kishimoto-sensei.

C’est justement cette annonce, puis celle qui a suivi quelques semaines plus tard, qui ont ravivé le débat. Charles Melton, révélé par la série Riverdale puis remarqué dans May December et nommé aux Emmy Awards pour Beef, est entré en négociations finales pour incarner Kakashi Hatake dans le film réalisé par Cretton. Une nouvelle qui, sitôt tombée, a généré son lot de comparaisons avec le casting de la Major une décennie plus tôt, même si dans ce cas précis, l’acteur américain d’origine coréenne colle davantage au profil ethnique attendu du personnage que ne le faisait Johansson pour Motoko.

Pourquoi la comparaison ne s’éteint jamais

Le problème, pour Cretton, c’est que le rôle de Kakashi n’était qu’une mise en bouche. Une recherche est toujours en cours pour trouver le jeune acteur qui incarnera Naruto, tout comme Sasuke et Sakura. Chaque fuite, chaque rumeur de nom, chaque photo de bout d’essai va donc mécaniquement relancer la même inquiétude, jusqu’à ce que le trio principal soit officiellement dévoilé. C’est là tout le piège d’une franchise aussi identitairement marquée : impossible de communiquer sur un choix sans que la comparaison avec 2017 ne s’invite dans les commentaires.

Certains observateurs notent malgré tout une différence de méthode notable avec l’époque Johansson. La production entend proposer un visage multiculturel puisque l’appel à candidatures a été lancé au niveau mondial, preuve de la popularité de l’œuvre autour du globe. Une stratégie qui avait déjà été saluée en amont du projet : l’appel de casting à dominante asiatique constitue un développement positif, même si Naruto avait sans doute moins de risques que d’autres œuvres de se retrouver au cœur d’accusations de whitewashing. Reste que la méfiance des fans, elle, ne s’est jamais totalement dissipée. Certains d’entre eux redoutaient ouvertement, dès l’officialisation du projet, un remake du scénario catastrophe de Scarlett Johansson, estimant qu’après le succès de One Piece, les choses pourraient mal tourner si Hollywood venait à blanchir l’ensemble de l’histoire comme cela avait été le cas avec le Ghost in the Shell de Scarlett Johansson.

Le tournage doit débuter au début de l’année 2027 selon les informations de la presse américaine. D’ici là, chaque nom qui filtrera sur Naruto, Sasuke ou Sakura sera scruté à la loupe, disséqué, comparé. Et il y a fort à parier que la formule continuera de circuler jusqu’au clap de fin, que le résultat s’annonce fidèle ou non à l’esprit du manga.

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