Il a décroché 99/100 sur 22 tests en 1998 : la raison pour laquelle aucun jeu ne l’a battu depuis n’a rien à voir avec sa qualité

Vingt-huit ans. C’est le temps qu’il a fallu à l’industrie du jeu vidéo pour ne toujours pas réussir à faire mieux. The Legend of Zelda: Ocarina of Time, sorti sur Nintendo 64 en novembre 1998, trône toujours en haut du classement Metacritic avec un score de 99 sur 100, 27 ans après sa sortie, The Legend of Zelda: Ocarina of Time est toujours le jeu le mieux noté de l’histoire sur Metacritic, avec un score de 99. Un chiffre qui n’a jamais été égalé, encore moins dépassé. Et la raison n’a, contre toute attente, presque rien à voir avec la qualité intrinsèque du jeu.

À retenir

  • Le record de 99/100 repose sur seulement 22 critiques en 1998
  • Plus de critiques = plus de chances d’avoir des avis mitigés et une moyenne plus basse
  • Même Breath of the Wild plafonne à 97, malgré son statut de chef-d’œuvre

Un score gelé dans le temps

Le mécanisme Metacritic repose sur une moyenne pondérée des critiques presse. En 1998, un jeu Nintendo 64 très attendu ne recevait qu’une poignée de tests au moment de sa sortie. Le score de 99 d’Ocarina of Time repose sur seulement 22 critiques presse. Vingt-deux avis, tous positifs, aucune note négative, aucune note mitigée. Un sans-faute mathématique.

Le problème, c’est que ce chiffre ridiculement bas par rapport aux standards actuels agit comme un verrou statistique. Le Metascore de Death Stranding 2 repose sur pas moins de 123 critiques, soit plus de cinq fois plus que celui d’Ocarina of Time. Et l’écart est encore plus flagrant avec les blockbusters Nintendo récents : Tears of the Kingdom a reçu 87 critiques dans la journée suivant la levée de l’embargo presse, et en compte aujourd’hui plus de 150. Plus il y a de testeurs, plus il y a de chances qu’un avis dénote, qu’une note tombe à 85 au lieu de 95, et fasse baisser la moyenne globale.

Le vrai coupable : la taille de l’échantillon, pas le talent

C’est là que réside toute l’ironie de ce record increvable. Ocarina of Time n’est pas resté au sommet parce qu’aucun jeu depuis n’a atteint un niveau de finition comparable. Il y reste parce que la méthode de calcul favorise structurellement les petits échantillons homogènes des années 90 face à la diversité d’opinions des rédactions actuelles, bien plus nombreuses et bien plus variées dans leurs sensibilités critiques. Ces jeux plus anciens restent verrouillés à des positions élevées sur le classement Metacritic à cause de leurs échantillons relativement faibles, tandis que les jeux plus récents sont testés par des groupes bien plus larges de critiques, aux opinions plus diverses, ce qui les empêche de rivaliser.

Un exemple parlant : sur GameRankings, autre agrégateur historique qui utilisait une méthodologie différente, Ocarina of Time n’est que le deuxième jeu le mieux noté, avec un score de 97,54 %, derrière Super Mario Galaxy et ses 97,64 %. Changez d’agrégateur, changez de méthode de calcul, et le classement bouge. La preuve que ce fameux 99 tient autant à la mécanique statistique qu’à un supposé génie créatif hors norme.

Les prétendants qui ont échoué, malgré tout

Depuis 1998, plusieurs mastodontes se sont approchés du sommet sans jamais réussir à le faire tomber. Trois autres titres suivent avec un score de 98 : Tony Hawk’s Pro Skater 2, Grand Theft Auto IV et SoulCalibur. Des jeux qui, sur le papier, ont marqué leur génération autant qu’Ocarina of Time a marqué la sienne. Grand Theft Auto IV est sorti en 2008 dans un monde déjà saturé de médias spécialisés, avec des dizaines de tests venus du monde entier. Statistiquement, il n’avait quasiment aucune chance d’atteindre l’unanimité totale des 22 critiques de 1998.

Même Breath of the Wild, encensé à sa sortie et régulièrement cité comme l’un des meilleurs jeux jamais conçus, plafonne à 97. Le deuxième meilleur Zelda selon Metacritic reste Breath of the Wild, avec un score de 97. Deux points d’écart qui, ramenés à l’échelle du nombre de critiques concernées, représentent un gouffre statistique quasiment infranchissable dans le monde actuel de la presse jeu vidéo, hyperconnectée et multipliée par cent par rapport à la fin des années 90.

Certains y voient d’ailleurs un signe des temps plutôt qu’un mérite éternel. Sur la page Metacritic du jeu, des utilisateurs plus récents tempèrent l’enthousiasme d’époque : le jeu est simplement surestimé, les notes élevées viennent surtout du fait que les joueurs étaient impressionnés à l’époque, faute d’équivalent. Une nuance qui mérite d’être posée face au mythe intouchable du 99/100.

Qui pourrait enfin faire tomber le record ?

Le débat revient à chaque sortie AAA très attendue. Rockstar, justement, est régulièrement cité comme le studio le mieux placé pour bousculer ce classement gelé depuis près de trois décennies. S’il y a un jeu qui a une chance, c’est GTA 6, mais les années de hype et de report ont créé des attentes quasiment impossibles à combler. Un paradoxe : plus un jeu est attendu, plus il est disséqué par une presse nombreuse et exigeante, et moins il a de chances de réunir l’unanimité totale qu’exige un score proche de la perfection.

Le remake d’Ocarina of Time annoncé sur Switch 2 ne changera rien à l’affaire non plus : une nouvelle version du jeu original, aussi réussie soit-elle, sera nécessairement évaluée par bien plus de vingt-deux rédactions, et jouera donc, elle aussi, contre les probabilités. Le vrai adversaire d’Ocarina of Time, finalement, ce n’est aucun jeu en particulier. C’est le nombre croissant de journalistes qui, chaque année, ont un avis à donner.

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