Plus personne ne lira la fin prévue du tournoi de Yu Yu Hakusho : voici ce que Togashi a mis à la place

Yoshihiro Togashi avait prévu une guerre totale entre les trois royaumes du Monde des Ténèbres pour clore Yu Yu Hakusho. Ce chapitre-là n’a jamais existé. À la place, les lecteurs de 1994 ont eu droit à un tournoi expédié en quelques planches, où Yusuke lui-même semble s’excuser de ne pas être à la hauteur de l’enjeu. Trente ans plus tard, cette version fantôme du dernier arc reste l’un des grands regrets de la communauté YYH, et elle ne verra jamais le jour.

À retenir

  • Un plan de guerre démoniaque monumental a été sacrifié pour un simple tournoi
  • Togashi a délibérément bâclé la fin pour couper définitivement les ponts avec la série
  • L’auteur a confessé son épuisement et son besoin de fuir le stress de YYH

Un plan de guerre abandonné en cours de route

Tout commence avec la saga des Trois Rois, censée être l’apothéose de la série. Yomi, Mukuro et Raizen, les trois souverains du Makai, se partagent le territoire dans un équilibre fragile que Yusuke, héritier démoniaque de Raizen, va faire vaciller. Le potentiel narratif est énorme : un basculement du royaume dans une guerre ouverte, avec Hiei et Kurama pris dans des camps opposés à celui de Yusuke. C’est exactement ce que Togashi avait en tête. En raison de la pression exercée sur l’auteur pour terminer la série plus tôt, le plan de guerre initial entre les trois nations a été abandonné au profit du format tournoi, un raccourci que le personnage de Yusuke commente lui-même dans le récit, en expliquant qu’il n’est pas fait pour diriger à la place de Raizen.

Le fandom anglophone a longtemps cherché confirmation de cette version alternative. Three Kings avait un postulat vraiment intéressant, avec le monde démoniaque divisé en trois camps dans une guerre massive, mais au lieu d’exploiter ce potentiel, la série se précipite dans un nouvel arc de tournoi pour tout boucler proprement. Le constat revient sous plusieurs formes chez les observateurs de la série : un début d’arc brillant, une conclusion qui tourne court.

Pourquoi Togashi a jeté l’éponge avant l’heure

La fatigue de Togashi ne date pas de ce dernier virage. Elle remonte à l’arc précédent, celui de Sensui. Togashi voulait à l’origine terminer Yu Yu Hakusho à la fin de l’arc Chapter Black/Sensui, un an avant la conclusion réelle de la série, mais il a été poussé à continuer en raison de sa popularité. Un an de sursis obtenu de force, donc, pendant lequel l’auteur devait à la fois clore une histoire déjà bouclée dans sa tête et inventer un arc entier qu’il n’avait jamais vraiment voulu écrire.

Les tumblr et forums spécialisés en apportent une précision utile : le Jump et Togashi se sont mis d’accord pour lui laisser six mois supplémentaires afin de conclure la série. Six mois pour transformer un plan de guerre en tournoi, redessiner des affrontements, et surtout ne plus jamais avoir à y revenir. Le résultat s’en ressent visiblement : un mangaka qui essaie de refermer la porte le plus vite possible, quitte à sacrifier ce qui aurait pu être la plus grande bataille de la série.

Togashi lui-même a mis des mots sur cet épuisement bien plus tard, dans un doudjinshi amateur baptisé Yoshirin de Pon!. Il y explique que, tout en gardant de l’attachement pour son œuvre, le stress et l’emprise que la série avait prise sur sa vie sont devenus insupportables, au point qu’il a choisi de terminer la série de façon si définitive que personne ne pourrait la continuer. Une phrase qui éclaire tout : la brutalité de la fin n’est pas un accident de parcours, c’est une décision consciente pour couper les ponts.

Ce que les lecteurs ont vraiment eu entre les mains

Concrètement, le tournoi final du Makai, censé désigner le nouveau maître des lieux après la mort de Raizen, se résume dans le manga à quelques combats esquissés et beaucoup d’ellipses. Pas de guerre, pas de camps qui s’affrontent à grande échelle, pas de bascule tragique entre alliés devenus ennemis. Juste un tournoi de plus, le troisième de la série après le Tournoi des Ténèbres et le Rando, mais sans l’énergie qui portait les précédents.

L’anime, produit en parallèle, a tenté de rattraper le coup en étoffant ce que le manga bâclait. Avant la sortie tardive du spécial Two Shots / All or Nothing, la fin de l’anime s’écartait déjà du manga, une partie du matériau original n’ayant jamais été adaptée dans ce format. Les studios ont même dû réécrire certains passages jugés inadaptables tels quels, preuve que même l’équipe d’animation jugeait le matériau final trop faible pour être repris à l’identique.

Le sentiment des lecteurs, trois décennies plus tard, reste étonnamment cohérent. Sur les forums francophones consacrés au manga, un avis revient sans cesse : le dernier arc avec les trois rois est un peu bâclé dans le manga, dommage, il promettait d’être le plus intéressant. Même son de cloche du côté anglophone, où l’on regrette que le formidable travail de mise en place du début de l’arc, la montée du risque de guerre démoniaque et la caractérisation des Trois Rois laissaient présager un final vraiment réussi, avant que tout ne bascule soudainement sur cette fin de tournoi décevante.

Le paradoxe, c’est que cette fin ratée n’a jamais empêché la série de devenir culte. Yu Yu Hakusho a dépassé les 50 millions d’exemplaires vendus, un chiffre qui place la série parmi les grands noms du Weekly Shonen Jump malgré son dernier acte écourté. Togashi, lui, a fini par tirer un trait sur le stress éditorial de sa jeunesse en se réinventant quelques années plus tard avec Hunter x Hunter, où il a justement pu explorer cette fois la déconstruction des codes shonen qu’on lui avait refusée sur YYH. La guerre du Makai, elle, restera à jamais un simple synopsis dans la tête d’un auteur épuisé, jamais couché sur le papier.

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