Décembre 2020 : les fans de L’Attaque des Titans découvrent le premier épisode de la saison 4 et tiquent immédiatement. Les visages ont changé, l’animation aussi. Le responsable ? Le studio MAPPA, qui a récupéré la licence en urgence après trois saisons produites par WIT Studio. Un basculement qui n’a rien d’un cas isolé dans l’industrie de l’anime, où changer d’équipe en pleine série est presque devenu une tradition, pour le meilleur comme pour le pire.
À retenir
- Quel studio a décidé d’abandonner L’Attaque des Titans et pourquoi cette décision était-elle si urgente ?
- One Punch Man et Seven Deadly Sins : deux trajectoires diamétralement opposées après un changement de production
- Existe-t-il des formules gagnantes pour réussir une reprise en pleine diffusion ?
Le cas MAPPA, une reprise sous tension permanente
Le transfert n’avait rien d’anodin. Si les trois précédentes saisons étaient réalisées par le studio WIT, à qui l’on doit un travail de qualité, ceux-ci ont préféré passer le relais à une autre équipe, une discussion ayant eu lieu avec WIT Studio pendant la production de la saison 3. Le calendrier de production ne collait tout simplement plus avec les ambitions de la fin de l’histoire. D’après plusieurs témoignages recueillis à l’époque, le Studio Wit n’avait pas assez de temps dans son emploi du temps pour s’engager sur la quatrième saison, et l’anime a donc été confié au Studio Mappa pour gérer la dernière ligne droite.
Dans les coulisses, l’ambiance était loin d’être sereine. Le character designer Tomohiro Kishi a raconté avoir été happé par le projet sans préavis : « Je me suis retrouvé impliqué de force sur ce projet. J’étais déjà chargé d’un autre travail quand soudain le président du studio m’a appelé et m’a donné tous les outils pour ça ». Le réalisateur Yuichiro Hayashi n’y allait pas non plus par quatre chemins pour décrire le chantier, le qualifiant lui-même de « chaotique », précisant qu’il avait fallu repartir de zéro. Résultat à l’écran : une esthétique différente, beaucoup plus de CGI et de rotoscopie, ce qui a déplu à bon nombre de fans en raison d’un character-design nouveau et d’une utilisation importante de techniques inhabituelles pour la série. Le public a fini par s’habituer, et la seconde partie a même été saluée pour ses qualités de mise en scène. Mais le mal était fait : dans l’imaginaire collectif, « changement de studio » est désormais synonyme d’angoisse pour tout fan un peu attaché à sa série.
One Punch Man et Seven Deadly Sins, le grand écart raté
L’histoire de Saitama illustre parfaitement ce risque. La première saison du très populaire One-Punch Man a été produite par Madhouse, l’un des meilleurs studios de l’industrie, avant que J.C. Staff ne reprenne la production pour la deuxième saison. Sur le papier, rien d’alarmant. Dans les faits, l’écart de savoir-faire entre les deux équipes a sauté aux yeux dès les premières minutes, avec des scènes de combat perçues comme nettement moins spectaculaires que celles qui avaient fait la réputation mondiale de la série trois ans plus tôt.
Seven Deadly Sins a vécu un scénario encore plus abrupt. Après deux saisons produites par A-1 Pictures, le studio a jeté l’éponge faute de temps disponible, et c’est Studio Deen qui a récupéré le dossier dans l’urgence. La troisième saison, diffusée à partir du 9 octobre 2019 sous le titre Wrath of the Gods, a été produite par Studio DEEN au lieu de A-1 Pictures. Le problème, c’est que ce transfert s’est fait au pire moment possible : le studio A-1 Pictures avait abandonné le navire en raison du trop court délai qui lui était accordé, et il a fallu attendre quelques mois avant la date limite pour que Deen prenne les choses en main. Une partie du travail a même dû être sous-traitée à une petite structure baptisée Marvy Jack, ce qui a nourri une véritable pétition de fans en ligne réclamant une nouvelle version de la saison. Le contraste avec la fluidité des débuts de la série reste, encore aujourd’hui, l’un des exemples les plus cités quand on parle de studio-swap raté.
Fairy Tail et Vinland Saga, la preuve que ça peut aussi bien se passer
Tous les transferts ne finissent pas en drame. Fairy Tail en est l’exemple le plus rassurant : quand Studio Bridge a pris le relais de Satelight pour la deuxième saison, les fans s’attendaient au pire. Or beaucoup ont constaté l’inverse. Les changements de design opérés par le premier studio ont été corrigés par Studio Bridge, où les personnages ressemblaient bien davantage à leurs versions du manga. Un cas suffisamment rare pour être souligné : ici, le changement de studio a corrigé les défauts plutôt que d’en créer de nouveaux.
Vinland Saga confirme qu’un transfert bien géré passe presque inaperçu. Le studio WIT avait livré une première saison saluée, mais la suite a été confiée à MAPPA sans que la qualité ne s’effondre. L’auteur Makoto Yukimura et le réalisateur Shuhei Yabuta ont assuré aux fans que ce changement était dû à des raisons personnelles, précisant que la série continuerait avec les mêmes membres de l’équipe et qu’il n’y aurait que peu ou pas de changements dans l’adaptation. Résultat, la saison 2 produite par MAPPA a été extrêmement réussie aux yeux du public. La clé, dans ce cas précis, tenait moins au logo du studio qu’à la continuité de l’équipe créative derrière la caméra, ce qui rappelle que le vrai facteur de qualité, c’est souvent l’humain, pas l’enseigne sur la porte.
Un détail mérite d’être gardé en tête : ces changements ne relèvent presque jamais d’un choix artistique spontané. Ils naissent d’un calendrier de production saturé, d’un studio surbooké qui doit refuser un projet faute de personnel disponible, une réalité économique qui touche toute l’industrie japonaise de l’animation depuis des années. La prochaine fois qu’un générique affiche un nouveau logo de studio en cours de série, ce sera sans doute moins un signal d’alarme qu’un symptôme de plus d’un secteur à flux tendu.
Sources : bleachmx.fr | hitek.fr