Tout le monde crie « Saiyan » depuis 1984 sans y penser : au Japon, c’est un mot qu’on lit chaque jour sur les étals du marché

Le mot qu’on croise au marché au Japon n’est pas « Saiyan » mais yasai, et c’est tout le secret. Yasai (野菜), c’est « légumes », le mot affiché sur les étals, les bacs de supermarché et les menus de bento. Inversez ses syllabes, ya-sai devient sai-ya, et le peuple de guerriers de Dragon Ball est né.

Le rayon primeur a fourni la matière première de la saga la plus célèbre du manga.

Akira Toriyama lance Dragon Ball dans le Weekly Shōnen Jump en décembre 1984. Les Saiyans n’apparaissent que quelques années plus tard, avec l’arrivée de Raditz, le frère de Goku, à la fin des années 1980, puis avec l’anime Dragon Ball Z en 1989. En japonais, ils s’appellent Saiyajin (サイヤ人), littéralement « les gens de Saiya ». Pour un lecteur japonais, le glissement vers yasai-jin, « les gens légumes », se fait presque malgré lui.

À retenir
  • Saiyan provient de l’inversion de yasai (野菜), le mot japonais pour « légumes »
  • Toriyama a nommé tous les Saiyans d’après des végétaux : Vegeta, Raditz, Broly, Caulifla
  • Les lecteurs français n’ont jamais entendu le jeu de mots car la VF utilise « Saïyens »

Un potager de personnages

Le jeu de mots ne s’arrête pas au nom du peuple. Vegeta vient de « vegetable », Raditz de « radish » (le radis), et Kakarot, le vrai nom de Goku, renvoie à « carrot », la carotte. Bardock, son père, évoque la bardane (« burdock »), et Broly le brocoli.

La planète d’origine des Saiyans porte le même nom que leur prince : Vegeta.

Dragon Ball Super a prolongé la tradition à partir de 2015 avec les Saiyans de l’univers 6. Cabba renvoie au chou (« cabbage »), Caulifla au chou-fleur (« cauliflower ») et Kale au chou frisé, le kale des smoothies verts.

Un tic d’auteur assumé

Toriyama avait pris l’habitude de baptiser ses personnages à partir de ce qui lui passait sous les yeux, et il ne s’en cachait pas. Bulma tient son nom de « buruma », le short de gym des écolières japonaises. Les Forces Spéciales Ginyu se rangent côté crémerie : Ginyu pour gyūnyū (le lait), Burter pour « butter », Guldo pour « yogurt ». Les fans de l’époque comptaient ces clins d’œil comme on collectionne les cartes.

Recoome, lui, est « cream » dont les syllabes ont été brassées (kurīmu devient rikūmu), exactement le procédé de Saiyan.

Le mangaka est mort le 1er mars 2024, à 68 ans, et l’annonce n’est tombée que le 8 mars. Depuis, ces noms de potager sont devenus un petit rituel de fans, qui les rappellent à chaque rediffusion ou nouvelle sortie. Sur les réseaux, les listes « personnage et légume d’origine » circulent chaque fois que la franchise fait parler d’elle.

Pourquoi ça nous a échappé

En France, personne n’entendait le légume. La VF parle de « Saïyens », un mot qui sonne comme une planète lointaine et ne renvoie à rien de comestible.

Le contraste est net avec le public japonais, qui lit yasai tous les jours, d’autant que la série s’est écoulée à plus de 260 millions d’exemplaires dans le monde selon son éditeur Shueisha, soit près de quatre fois la population de la France. Autant de lecteurs, et une minorité seulement a perçu la blague.

Au Japon, yasai s’écrit presque toujours en kanji (野菜) ou en hiragana (やさい), très rarement en katakana (ヤサイ), l’écriture qu’on retrouve dans サイヤ人. Le calembour de Toriyama est donc d’abord sonore : il se repère à l’oreille bien avant de se voir sur la page.