Jon Kent est né en 2015 et portait déjà le costume en 2021 : ce que DC a fait de ses six premières années

Six ans. C’est le temps qu’il aura fallu à DC Comics pour faire de Jon Kent un nourrisson, un adolescent, puis Superman lui-même. Créé par Dan Jurgens, le personnage apparaît pour la première fois dans Convergence: Superman #2, en juillet 2015, et devient le nouveau personnage de l’univers DC à endosser le costume de Superboy avant de reprendre le manteau de Superman. Six années dans notre monde. Une éternité scénaristique dans le sien, tant DC a comprimé, accéléré et parfois maltraité la chronologie de ce fils de super-héros pour le faire grandir plus vite que n’importe quel enfant de comics avant lui.

À retenir

  • Comment un personnage créé en 2015 s’est retrouvé à porter le costume de Superman avant ses 18 ans
  • Le choix scénaristique controversé qui a vieilli Jon de sept ans d’un coup
  • La révélation qui a divisé les fans en octobre 2021 et redéfini le symbolisme du costume

Une naissance née du chaos multivers

Jon Kent n’est pas arrivé dans un berceau ordinaire. Dans l’arc Convergence de 2015, le vilain Brainiac accède au Vanishing Point et se met à collecter des villes et des habitants issus de diverses lignes temporelles disparues, les enfermant dans des dômes sur une planète hors du temps et de l’espace. Superman et Lois Lane de la continuité pré-Flashpoint se retrouvent ainsi piégés, avec Gotham City tout entière, sur la planète Telos.

C’est là, dans cette bulle temporelle coupée du reste de l’univers, que naît Jonathan. Le couple reste bloqué dans la ville pendant près de neuf mois et, les pouvoirs de Superman étant suspendus durant cette période, lui et Lois conçoivent un enfant, qu’il aide à mettre au monde après avoir sauvé Lois d’un Superman alternatif et mentalement instable. Un scénario digne d’un film catastrophe intergalactique, pour donner naissance à ce qui allait devenir l’un des personnages les plus discutés de la maison DC. Son prénom rend hommage à ses deux grands-pères, Jonathan Kent et Samuel Lane, et comme l’expliquait Dan Jurgens à l’époque, le petit ressemble à Clark mais hérite du tempérament et de la curiosité de Lois.

Une enfance sacrifiée sur l’autel du scénario

Jon grandit d’abord à un rythme presque normal. Il devient Superboy, combat le crime aux côtés de son père et tisse une amitié devenue culte avec Damian Wayne dans la série Super Sons. Puis DC appuie sur l’accélérateur. Littéralement.

Dans une intrigue qui reste l’une des plus commentées de la mythologie Superman, Jon se retrouve prisonnier d’un univers miroir où les héros sont devenus des tyrans. Ultraman, le Superman maléfique de cette réalité, capture le garçon et l’enferme dans un volcan où il le torture pendant sept années, avant que Jon ne s’échappe et ne découvre qu’une seule semaine s’est écoulée dans l’univers principal. Le temps qu’il soit enfin secouru, Jon a vieilli jusqu’à atteindre 17 ans, un bond en avant qui a fait l’effet d’une bombe chez les lecteurs.

La réaction des fans a été sans appel. Ce vieillissement forcé a été très mal accueilli, car il faisait disparaître d’un coup sept années de croissance émotionnelle que Jon aurait pu partager avec Clark, Lois et Robin, alors même que le duo des Super Sons connaissait un immense succès. Pire encore, le personnage n’évoque quasiment jamais le fait qu’une version maléfique de son propre père l’a torturé pendant sept ans, un silence scénaristique qui a laissé beaucoup de lecteurs perplexes face à ce choix éditorial. C’est là, à mon sens, la vraie faute de goût de cette période : sacrifier une décennie de développement de personnage pour un simple twist narratif, juste pour pouvoir enfin coller le costume de Superman sur un adolescent plutôt qu’un enfant de six ans.

2021, l’année où Jon devient Superman

Une fois adolescent, Jon file directement au XXXIe siècle. Il s’établit comme Superboy au sein de la Legion of Super-Heroes entre 2019 et 2021, et y voyage à travers les galaxies avec son grand-père kryptonien tout en vivant dans le futur au sein de la Légion, qui se prépare à le former pour le jour où son père ne pourrait plus être Superman. Un entraînement presque prophétique.

Ce jour arrive en juillet 2021. Superman: Son of Kal-El, série publiée par DC Comics de juillet 2021 à décembre 2022 sur 18 numéros et un annual, écrite par Tom Taylor, se concentre sur Jon Kent qui reprend le manteau de son père et se voit confier la protection de la Terre pendant que Clark s’absente de la planète, faisant de lui, à 17 ans, le nouveau Superman terrestre. La série cartonne immédiatement : elle est considérée comme l’une des BD les mieux accueillies de l’année, ses dix premiers numéros figurant parmi les meilleures ventes du moment.

Le vrai coup d’éclat arrive quelques mois plus tard. En octobre 2021, DC annonce que ce nouveau Superman est bisexuel, une révélation développée dans le cinquième numéro de la série. Jonathan prend le manteau de l’Homme d’Acier pendant que son père poursuit une menace existentielle loin de la planète, et tombe amoureux du journaliste lycéen Jay Nakamura. Le scénariste Tom Taylor a été limpide sur ses intentions : s’il fallait créer un nouveau Superman pour l’univers DC, cela aurait été une occasion manquée d’en refaire un simple sauveur blanc et hétérosexuel.

Le choix éditorial n’a pas fait l’unanimité pour autant. La prise de mantle de Superman par Jon en 2021 a divisé les lecteurs, certains saluant le passage de témoin tandis que d’autres estimaient que seul Clark Kent méritait vraiment ce titre. Six ans après sa naissance sur une planète prisonnière du temps, Jon Kent portait déjà le poids d’un des costumes les plus emblématiques de la pop culture, avec toutes les attentes contradictoires que cela suppose.

Depuis, le personnage a encore changé de visage : après des années sous les traits d’un jeune adulte, DC a entamé un retour en arrière partiel sur son âge, et Jon opère aujourd’hui sous l’identité de Tomorrowman dans les publications les plus récentes. Preuve que même à dix ans d’existence, le fils de Superman n’a toujours pas fini de faire parler de lui.

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