1982. John Carpenter pose sa caméra en Antarctique, filme un monstre capable d’imiter n’importe quel être vivant, et livre ce qui deviendra l’un des plus grands films d’horreur du XXe siècle. Depuis, rien. Aucune suite directe n’est jamais sortie sur grand écran. Mais l’histoire de The Thing, elle, n’a jamais vraiment cessé de s’écrire, simplement pas là où on l’attendait.
Le film original a connu un échec cuisant à sa sortie, éclipsé par E.T. sorti la même semaine et jugé trop nihiliste pour le public de l’époque. Ce fiasco commercial a longtemps dissuadé les studios de financer une suite classique. Résultat : les fans ont dû chercher ailleurs pour savoir ce qui s’était passé après cette fin ambiguë, où Kurt Russell et Keith David se regardent en silence, chacun soupçonnant l’autre d’être la Chose.
À retenir
- Pendant 44 ans, les fans ont attendu une suite cinéma qui n’est jamais venue
- Un jeu vidéo oublié de 2002 a fait ce qu’Hollywood refusait : continuer l’histoire
- John Carpenter vient de confirmer qu’une vraie suite est en développement
Le jeu vidéo qui a osé continuer l’histoire
C’est un studio britannique, Computer Artworks, qui a eu l’audace de faire ce qu’Hollywood refusait. En 2002, le jeu vidéo The Thing débarque sur PS2, Xbox et PC, avec un statut clair : il s’agit d’une suite au film de 1982 de John Carpenter, qui suit l’histoire du capitaine Blake, membre d’une équipe des forces spéciales américaines envoyée à l’avant-poste antarctique du film pour déterminer ce qui est arrivé à l’équipe de recherche. L’action démarre à l’avant-poste américain 31 en Antarctique, trois mois après les événements du film.
Le jeu ne s’est pas contenté d’exploiter la licence à moitié. Les fans ont adoré la révélation des destins de Childs et MacReady, les deux survivants du film original, un mystère que Carpenter avait volontairement laissé en suspens. Commercialement, le pari a payé : le jeu a reçu un accueil critique élargi et s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires dans le monde. Un succès suffisant pour qu’une suite au jeu, sobrement intitulée The Thing 2, entre en développement, avant que le studio Computer Artworks ne soit placé en redressement judiciaire en octobre 2003, enterrant définitivement le projet.
Vingt-deux ans plus tard, l’histoire connaît un rebondissement inattendu : un remaster du jeu original est sorti le 5 décembre 2024, signé Nightdive Studios, preuve que cette suite vidéoludique continue de trouver son public près d’un quart de siècle après sa sortie.
Dark Horse, le studio qui a écrit trois suites en bande dessinée
Le papier a fait au moins aussi bien que les pixels. Dès décembre 1991, soit à peine neuf ans après la sortie du film, Dark Horse Comics publie The Thing From Another World #1, et picore là où le film de John Carpenter s’était arrêté, dans la même veine que ses licences Aliens ou Predator. Au total, quatre mini-séries seront publiées, dont une intitulée simplement « The Thing from Another World », suivie de « Climate of Fear » et « Eternal Vows ».
Ces bandes dessinées ne se sont pas contentées de prolonger l’intrigue : elles ont tenté de répondre à la question que des générations de spectateurs se posent encore. La bande dessinée suggère que la créature devient la personne qu’elle imite, brouillant la frontière entre individualité et assimilation. Une interprétation qui a divisé les fans, certains la trouvant fascinante, d’autres estimant qu’elle s’éloignait trop du concept original en réimaginant la Chose comme une infection de personnes autrement conscientes, contrairement à la créature de Carpenter qui semblait dotée d’un esprit alien.
2011, le faux frère qui a fini par trouver son public
Entre le jeu vidéo et les comics, un vrai long-métrage a fini par sortir. Mais attention : ce n’est pas la suite tant attendue. The Thing sorti en 2011 par Universal est un préquelle au film de 1982, réalisé par Matthijs van Heijningen Jr. avec Mary Elizabeth Winstead. L’accueil a été glacial, au sens propre comme au figuré : le film a rapporté 8,5 millions de dollars lors de son week-end d’ouverture et a terminé sa carrière américaine avec un total de 16,9 millions de dollars, un score jugé « une déception pure et simple » par Box Office Mojo.
Le problème ne venait pas seulement du script. Le recours massif aux effets numériques plutôt qu’aux effets pratiques a rendu l’action et l’horreur moins percutantes que dans l’original, une trahison aux yeux des puristes qui vénéraient les créatures grand-guignolesques de Rob Bottin en 1982. Ironie du sort : quatorze ans plus tard, ce préquelle mal-aimé connaît une seconde vie. Le film est en train de gagner en reconnaissance, sa combinaison d’effets pratiques et numériques ayant déçu à l’époque mais son approche inventive du concept de la créature lui redonnant du crédit auprès d’une nouvelle génération qui le découvre en streaming.
Et si la vraie suite arrivait enfin en 2026 ?
Voilà où le dossier devient croustillant. John Carpenter, 77 ans, absent des plateaux depuis The Ward en 2010, a rallumé l’espoir des fans lors de plusieurs conventions ces derniers mois. Interrogé sur une possible suite, il a lâché cette phrase qui a fait le tour des réseaux : « Nous travaillons dessus en ce moment ». Une déclaration qu’il a réitérée depuis, notamment au Fan Expo Chicago, tout en restant prudent sur la concrétisation du projet.
Faut-il s’emballer ? Pas si vite. Le réalisateur avait déjà tenu des propos similaires dès 2023, sans qu’aucune annonce officielle ne suive. Et il n’est pas certain qu’il reprenne lui-même la caméra : sa dernière apparition au cinéma remonte à ses compositions musicales, pas à de la réalisation. Mais le simple fait que Carpenter, connu pour son silence sur le sujet depuis quatre décennies, accepte enfin d’en parler sans mettre systématiquement de conditionnel, change la donne. Reste à savoir si cette suite cinéma, si elle voit vraiment le jour, saura faire aussi bien que le jeu vidéo de 2002 ou les comics Dark Horse pour honorer l’ambiguïté vertigineuse de la fin originale, celle qui a fait tourner les têtes pendant quarante-quatre ans.
Sources : ecranlarge.com | begeek.fr