Il a débuté le 22 juillet 1997 : la raison pour laquelle le Shonen Jump doit sa survie à One Piece après la fin de Dragon Ball refait surface

Le 22 juillet 1997, le chapitre 1 d’un manga intitulé One Piece apparaît dans le numéro 34 du Weekly Shonen Jump. C’est dans ce numéro, publié le 22 juillet, que les lecteurs japonais découvraient le premier chapitre du shônen manga d’Eiichiro Oda et des aventures de Monkey D Luffy, l’aspirant pirate. Personne, à l’époque, n’imagine que cette histoire de pirate au chapeau de paille allait littéralement sauver le magazine qui l’accueillait. Aujourd’hui, cette anecdote refait surface régulièrement dans les interviews d’Oda et de ses anciens éditeurs, et elle mérite qu’on s’y attarde.

À retenir

  • Un rédacteur en chef a d’abord dit non à One Piece avant de changer d’avis
  • Le Shonen Jump était au bord de l’effondrement quand Luffy est arrivé
  • Oda a porté seul le magazine pendant deux ans avant l’arrivée de Naruto et Bleach

Un magazine au bord du gouffre après Dragon Ball

La fin de Dragon Ball en 1995, suivie de l’arrêt de Slam Dunk, a plongé la maison d’édition dans une période d’incertitude. Deux locomotives qui tiraient les ventes du Shonen Jump s’arrêtaient quasi simultanément. Selon Torishima, après la fin de Dragon Ball, le Weekly Shonen Jump a souffert de ventes en berne et d’un manque de nouveaux talents. Le style révolutionnaire de Toriyama avait mis la barre tellement haut qu’aucune nouvelle recrue ne semblait capable de prendre le relais.

Le climat interne était franchement pessimiste. C’était une période où Dragon Ball et Slam Dunk se sont terminés l’un juste après l’autre, et beaucoup pensaient que le Jump allait connaître de sérieuses difficultés. Un aparté s’impose ici : on parle tout de même du magazine qui, à son apogée dans les années 1990, écoulait plus de 6,5 millions d’exemplaires par semaine. Perdre ses deux piliers en si peu de temps, c’était l’équivalent pour un studio de cinéma de voir partir simultanément ses deux plus grosses franchises.

Dans ce vide, tous les jeunes mangakas se retrouvaient comparés aux géants disparus. Oda a raconté que pendant deux ans, toutes les nouvelles séries étaient comparées à ces deux mangas et complètement écrasées par la comparaison. Un détail piquant : à cette époque, ce sont Détective Conan et Les Fichiers Kindaichi qui dominaient le genre shonen, au point que certains estimaient qu’un manga d’enquête ne pourrait jamais dépasser les séries de combat. Autant dire que la place laissée par Dragon Ball n’attendait pas de pirate.

Un manga d’abord refusé, puis sauvé par l’équipe éditoriale

Ce qui rend l’histoire encore plus savoureuse, c’est que One Piece a failli ne jamais voir le jour. Kazuhiko Torishima, alors rédacteur en chef, a lui-même reconnu avoir dit non au projet. « Vous ne le savez peut-être pas, mais quand j’étais rédacteur en chef, j’ai dit non à One Piece, à la version manga », a-t-il confié lors d’une interview. Mais toute son équipe l’a supplié de revenir sur sa décision, insistant pour qu’on l’imprime et qu’on le soutienne. Sans cette insistance des éditeurs de terrain, l’histoire du manga le plus vendu de tous les temps se serait arrêtée avant même de commencer.

Oda, de son côté, n’a jamais caché la pression qui pesait sur ses épaules dans ces premiers mois. Après le début de la sérialisation, il a travaillé d’arrache-pied par désespoir, avant de finir par arrêter de regarder ses concurrents et de s’imposer par lui-même en tête du classement. Le résultat ? Spectaculaire. Seule sa série a fini par survivre parmi toutes celles lancées dans cette période troublée.

Un sauvetage confirmé des décennies plus tard

Ce n’est pas un fan qui affirme cela sur un forum, mais bien l’ancien éditeur historique de Dragon Ball lui-même. Torishima a déclaré que One Piece est la seule raison pour laquelle le Shonen Jump est encore bien vivant aujourd’hui. Une reconnaissance qui a de quoi surprendre, tant la légende populaire attribue souvent ce rôle de sauveur à Naruto, arrivé un peu plus tard dans les pages du magazine.

Les dates parlent d’elles-mêmes. Oda et One Piece sont arrivés en 1997, avant que Kishimoto ne fasse ses débuts en 1999 avec Naruto, puis Tite Kubo en 2001 avec Bleach. pendant deux ans, One Piece a porté seul le poids du magazine avant même l’arrivée des futurs poids lourds du « Big Three ». Une fenêtre de vulnérabilité que peu de lecteurs actuels imaginent, tant la série semble aujourd’hui indéboulonnable.

Les chiffres, eux, achèvent de convaincre. Le manga, toujours en cours de publication, est devenu la série la plus vendue de l’histoire avec plus de 516 millions d’exemplaires en circulation dans 60 pays, quand Dragon Ball, pourtant cinquième manga le plus vendu au monde, culmine à 260 millions. Certaines estimations plus récentes évoquent même un cap franchi. Au fil des décennies, One Piece est devenu le manga le plus vendu de tous les temps, avec plus de 600 millions d’exemplaires en circulation à travers le monde. Difficile de trouver meilleure revanche pour un projet qu’un rédacteur en chef avait initialement recalé.

Luffy, visage éternel du magazine

Depuis la fin de KochiKame en 2016, One Piece est devenu la série la plus ancienne encore active du Jump, un statut qui en dit long sur sa longévité hors norme. Luffy reste depuis plusieurs années le visage du Shonen Jump, un témoignage de l’héritage et du succès historique de la série, et le magazine ne se prive pas de le mettre en avant.

Ce qui frappe, presque trente ans après ce premier chapitre du 22 juillet 1997, c’est la fragilité du point de départ. Un éditeur qui dit non, une équipe qui insiste, un jeune auteur seul face à l’ombre de Toriyama pendant deux années entières. Si l’un de ces trois éléments avait basculé autrement, le magazine qui a façonné des générations de lecteurs de manga aurait peut-être connu un tout autre destin.

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