Il a co-créé Batman en 1939 : la raison pour laquelle DC a attendu 76 ans avant de mettre son nom au générique refait surface

Un simple ajout de deux mots au générique, « et Bill Finger », a mis fin à l’un des plus grands scandales de crédit de l’histoire des comics. Il aura fallu attendre 2015, soit 76 ans après la naissance de Batman dans Detective Comics #27, pour que DC Comics reconnaisse officiellement que le personnage n’était pas né sous la seule plume de Bob Kane. La raison de cette attente n’a rien d’un mystère éditorial : elle tient à un contrat signé en 1939, verrouillé pendant des décennies, et à une bataille familiale qu’il a fallu des années pour faire aboutir.

À retenir

  • Un contrat signé en 1939 a verrouillé tous les crédits au nom de Bob Kane seul
  • Bill Finger a créé des éléments fondamentaux de Batman sans jamais être crédité de son vivant
  • Il a fallu l’enquête d’un auteur et le combat juridique de sa petite-fille pour obtenir enfin la reconnaissance en 2015

Le contrat de 1939 qui a scellé son sort

Tout part d’un deal passé au tout début de l’ère des super-héros. DC Entertainment et la famille de Bill Finger ont annoncé être parvenues à un accord reconnaissant les contributions significatives de Finger à la famille de personnages Batman. Mais pendant plus d’un demi-siècle, la règle du jeu était toute autre : selon les contrats signés en 1939, les crédits revenaient entièrement à Kane, ce qui explique l’absence du nom de son cocréateur. Un système verrouillé juridiquement dès le départ, qui a longtemps semblé indéboulonnable.

Le paradoxe, c’est que Bob Kane a lui-même consolidé sa mainmise sur le personnage par la suite. Kane a réussi à conserver les droits d’auteur dans les années 1940 en prétendant qu’il était mineur au moment de la signature du contrat avec DC, remportant une rare victoire pour les droits des créateurs dans les débuts des comics. Jamais un dessinateur particulièrement énergique ou inspiré, Kane a embauché toute une équipe d’artistes et de scénaristes, dont Finger, pour produire des histoires de Batman pour DC jusque dans les années 1960. Finger continuait d’écrire les aventures du Chevalier Noir, mais pour le compte de celui qui en détenait officiellement la paternité. une situation que Kane lui-même n’a jamais niée dans son autobiographie, publiée en 1989, où il reconnaissait que Finger « n’a jamais obtenu la gloire et la reconnaissance qu’il méritait ».

Le scénariste que Gotham doit tout à un homme dans l’ombre

Ce que Finger a réellement apporté à Batman dépasse largement le simple costume. Finger a fait un certain nombre de contributions critiques à la mythologie de Batman, dont les noms de l’alter ego du héros, Bruce Wayne, ainsi que la ville où le héros combat le crime. Il a aussi co-créé un certain nombre de personnages iconiques de Batman, dont Robin, Catwoman et le Joker. Sans oublier le surnom qui a traversé les décennies : c’est Finger qui a également créé le surnom Dark Knight, le sobriquet le plus iconique utilisé dans certains des projets futurs les plus réussis de la franchise Batman.

Et pourtant, de son vivant, l’homme n’a quasiment jamais vu son nom associé à ses propres créations. Durant toute la vie de Finger, il n’a été crédité que pour deux histoires de Batman. Il est mort en 1974, dans une relative précarité, laissant derrière lui l’un des personnages les plus rentables de l’histoire du divertissement sans que son nom n’y soit jamais rattaché. Un sort qui rappelle, à quelques nuances près, celui de Jerry Siegel et Joe Shuster, les créateurs de Superman, cédés corps et âme à leur éditeur contre un chèque dérisoire.

Comment une petite-fille a réussi ce que personne n’avait obtenu en 40 ans

Le vrai tournant arrive au début des années 2010, quand l’auteur Marc Tyler Nobleman publie une enquête qui remet les pendules à l’heure. En 2012, Marc Tyler Nobleman rétablit la vérité avec son ouvrage Bill the Boy Wonder : The Secret Co-Creator of Batman. Ce travail de recherche, mené notamment via des entretiens avec des figures du Golden Age des comics ayant personnellement connu Finger et Kane, redonne une caisse de résonance publique à une injustice restée trop longtemps confinée aux cercles d’initiés.

Sur cette base, la petite-fille de Finger, Athena, engage un long combat juridique et médiatique. Grâce à ce travail et après de nombreux combats juridiques, la petite-fille de l’artiste, Athena Finger, a pu obtenir que DC Entertainment crédite enfin son grand-père sur toutes les œuvres liées à Batman. Le communiqué officiel tombe en septembre 2015, avec cette formule que la présidente de DC Entertainment de l’époque, Diane Nelson, choisit avec soin : « Bill Finger a joué un rôle instrumental dans le développement de nombreux éléments créatifs clés qui enrichissent l’univers Batman ».

Le premier crédit imprimé apparaît quelques semaines plus tard. Il obtient son premier crédit officiel dans les pages de comics en octobre 2015 dans Batman and Robin Eternal #3 et Batman: Arkham Knight Genesis #3, avec la mention « Batman créé par Bob Kane et Bill Finger ». L’année suivante, l’accord s’étend à l’écran : en septembre 2015, DC Entertainment a annoncé que Finger recevrait le crédit de co-créateur pour Batman officiellement dans Batman v Superman: Dawn of Justice de 2016, ainsi que dans la deuxième saison de Gotham.

Le générique lui-même a continué d’évoluer après cette victoire. Fin 2016, plusieurs productions, dont un film d’animation Justice League Dark, remplacent discrètement la formule « Bob Kane with Bill Finger » par « Bob Kane and Bill Finger », un simple changement de préposition qui, pour les défenseurs de l’héritage du scénariste, change tout : il place enfin les deux hommes sur un pied d’égalité plutôt que dans une relation de subordination. New York a par ailleurs baptisé une rue en son honneur, geste symbolique pour un homme qui avait inventé de toutes pièces la géographie de Gotham sans jamais avoir eu droit à la sienne de son vivant.

Laisser un commentaire