Un « manga Elden Ring » signé par le créateur de Cyberpunk: Edgerunners ? L’annonce a fait le tour des réseaux en quelques heures, mais la réalité est un peu plus nuancée. Rafał Jaki, showrunner de la première saison de la série Netflix, vient bien de lancer un nouveau manga, baptisé Brain Alive. Problème : il ne s’agit pas d’une licence officielle FromSoftware, mais d’une œuvre originale que la presse américaine a spontanément comparée à l’univers d’Elden Ring pour son ambiance et sa difficulté façon Soulsborne. De quoi semer la confusion, et surtout de quoi retarder, voire compromettre, une éventuelle sortie en France.
À retenir
- Un titre accrocheur qui mérite d’être décortiqué : ce n’est pas du tout Elden Ring officiel
- Brain Alive existe déjà en version papier au Japon, mais le chemin jusqu’à la France sera semé d’embûches
- Le précédent manga de Jaki n’a jamais eu droit à une édition française malgré sa notoriété
Rafał Jaki repart en croisade créative avec Brain Alive
L’ancien producteur exécutif de Cyberpunk: Edgerunners a annoncé sur X avoir lancé, avec l’artiste MACHINE GAMU, le manga Brain Alive sur le site KadoComi de Kadokawa. La série a démarré sa sérialisation japonaise le 31 juillet 2026, et Jaki a également publié un lien Google Drive permettant de lire gratuitement le chapitre pilote en anglais, précisant que la sérialisation numérique anglaise complète débutera cet automne.
Le pitch, lui, n’a rien de très Elden Ring au premier abord. L’histoire suit un père nommé Daniel dont le fils tombe dans le coma après un accident. Grâce à une forme de magie, Daniel pénètre dans les rêves de son fils et doit affronter un mélange de créatures slaves et de yōkai japonais pour réveiller le garçon avant qu’il ne soit trop tard. Un postulat qui doit davantage à Inception qu’à la mythologie de FromSoftware, comme Jaki lui-même le reconnaît : « C’est ma lettre d’amour à Inception et aux jeux Soulsborne. »
Pourquoi la comparaison avec Elden Ring a pris le pas sur la réalité
C’est là que le titre accrocheur mérite d’être décortiqué. Sur Gizmodo, le journaliste qui a couvert l’annonce a résumé le projet comme « une nouvelle série manga qui donne du Inception rencontre Elden Ring », une formule qui a ensuite été reprise un peu partout sans forcément préciser qu’il s’agissait d’une image, pas d’un partenariat officiel avec Bandai Namco ou FromSoftware. Aucune licence, aucun accord commercial, aucune mention d’Elden Ring dans le synopsis officiel de Kadokawa : juste une inspiration esthétique et ludique, celle du combat exigeant façon Souls, mêlée à un onirisme façon Christopher Nolan.
Ce n’est pas anodin, parce que le vrai univers Elden Ring, lui, a déjà droit à ses propres adaptations papier. Yen Press a par exemple annoncé Elden Ring: Distant Tales, un manga lancé le 16 juillet 2026, centré sur des personnages emblématiques comme Rya, le Blackguard Big Boggart ou encore Blaidd le Semi-Loup. Du côté japonais, Kadokawa avait aussi sorti un troisième spin-off manga baptisé « Distant Stories from the Lands Between », centré sur des histoires alternatives autour de PNJ comme Roderika ou Patches. Brain Alive n’a strictement rien à voir avec ces séries officielles, malgré la comparaison qui circule.
Ce qui peut encore tout faire capoter avant une sortie française
Le calendrier reste flou, et c’est là que le bât blesse pour les lecteurs francophones. Pour l’instant, aucune date précise n’a été communiquée pour la version anglaise complète, simplement un horizon « cet automne ». Traduire, c’est une chose. Trouver un éditeur qui s’engage sur une sortie papier ou numérique en français, c’en est une autre, et l’historique de Jaki avec son précédent projet incite à la prudence.
Son précédent manga, No\Name, coécrit avec le même dessinateur MACHINE GAMU, illustre bien le chemin parcouru : la série avait débuté avec un one-shot sur Shonen Jump+ et MANGA Plus au début de 2024 avant de passer en sérialisation. Cette série s’est achevée en février 2025. Deux volumes, une conclusion rapide, une diffusion essentiellement numérique en anglais via Manga Plus. Aucune trace, à ce jour, d’une édition française dédiée à ce titre pourtant porté par la notoriété du créateur d’Edgerunners.
Le vrai obstacle, c’est donc moins la qualité du projet que sa structure de diffusion. Kadokawa privilégie une sortie numérique bihebdomadaire pensée pour les marchés japonais et anglophone. Sans traducteur francophone officiellement mandaté, sans accord avec un éditeur type Kazé, Ki-oon ou Panini (qui gère déjà certains titres liés à l’univers Cyberpunk), le manga risque de rester cantonné à l’anglais pendant de longs mois, voire années. Et si les ventes numériques anglophones ne décollent pas suffisamment vite, la logique commerciale des éditeurs français, toujours frileux sur les séries qui n’ont pas encore prouvé leur base de fans solide, pourrait purement et simplement écarter le titre du catalogue hexagonal.
Il reste un dernier point qui pourrait jouer en faveur d’une sortie française : le timing. Cyberpunk: Edgerunners 2 arrive prochainement sur Netflix, et l’engouement autour de la franchise pourrait inciter un éditeur à parier sur la notoriété de Jaki plutôt que sur le seul mérite artistique de Brain Alive. Reste à voir si ce coup de projecteur suffira à convaincre un distributeur francophone de sauter le pas avant que l’intérêt du public ne retombe.
Sources : x.com | journaldugeek.com