Les studios n’adaptent plus une attraction Disneyland depuis que Le Manoir hanté a laissé plus de 100 millions de dollars sur la table

Cent dix-sept millions de dollars. C’est la somme que Disney a vu s’envoler avec Le Manoir hanté version 2023, un chiffre qui a suffi à geler net toute velléité du studio de retourner piocher dans son catalogue d’attractions Disneyland. Depuis cet été-là, aucun nouveau projet de ce type n’a été officiellement lancé. Le cas d’école est devenu une leçon que personne, chez Disney, ne semble pressé de réapprendre.

À retenir

  • Une franchise autrefois dorée a soudainement changé les règles du jeu en matière d’adaptations
  • Le parallèle fou entre deux tentatives du même manoir révèle une inversion dramatique des fortunes
  • Un projet mythique reste enlisé depuis cinq ans, victime d’une équation créative insoluble

Un manoir qui a englouti l’équivalent d’un blockbuster entier

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, et ils ne sont pas beaux à voir. Le film a récolté 118 millions de dollars dans le monde, devenant un bide au box-office et faisant perdre à Disney environ 117 millions de dollars. Pour un long-métrage doté d’un budget de production avoisinant les 150 millions de dollars, sans compter le marketing, c’est une déroute presque intégrale.

Le week-end de sortie a d’ailleurs immédiatement sonné l’alarme. Le film a rapporté seulement 33,3 millions de dollars au box-office mondial, le pire démarrage de l’année pour une production Disney. Face à lui ? Barbie et Oppenheimer, sortis quasiment au même moment et qui ont raflé toute l’attention médiatique de l’été. En dehors des sorties calées près d’Halloween ou parfois pendant l’hiver, même les films d’horreur qui cartonnent ne dégagent généralement pas des scores suffisants pour justifier des budgets entre 100 et 150 millions de dollars. Sortir un film hanté en plein mois de juillet, face aux deux plus gros phénomènes cinéma de la décennie : le calendrier, à lui seul, racontait déjà l’échec à venir.

Le plus cruel dans l’histoire, c’est que Disney avait déjà tenté le coup vingt ans plus tôt, avec un résultat inverse. Le film de 2003 avait reçu des critiques négatives mais avait bien marché au box-office, rapportant 182,3 millions de dollars dans le monde pour un budget de 90 millions. Deux tentatives, un seul et même manoir, et un verdict qui s’est littéralement inversé : la version Eddie Murphy a été rentable, la version 2023 a coulé. Le réalisateur Justin Simien lui-même a reconnu que la période post-sortie avait été difficile à digérer, même si le score du public sur les plateformes de critiques reste nettement plus indulgent que celui de la presse.

Une malédiction qui ne date pas d’hier

Le Manoir hanté n’est que le dernier chapitre d’une longue série de désillusions. Avant lui, il y a eu La Croisière de la jungle avec Dwayne Johnson et Emily Blunt, Tomorrowland avec George Clooney, et l’oublié Country Bears au début des années 2000. Aucun n’a réussi à transformer la magie d’une file d’attente en succès de salles obscures. La seule exception, mais quelle exception, reste Pirates des Caraïbes : Disney a connu un succès énorme avec son attraction Pirates des Caraïbes, ouverte en 1967 à Disneyland et adaptée au cinéma en 2003, les cinq films de la saga ayant rapporté 1,5 milliard de dollars aux États-Unis et 3,07 milliards à l’international.

Cette réussite écrasante a longtemps servi d’argument pour justifier de nouveaux essais. Mais le miracle Jack Sparrow ne s’est jamais reproduit, malgré les tentatives répétées. Un commentateur du secteur résume bien le problème : si Pirates des Caraïbes a généré une franchise à plusieurs milliards de dollars, il est clair que chaque attraction Disney n’est pas destinée à connaître le même sort. Le Manoir hanté l’a prouvé deux fois plutôt qu’une.

Tower of Terror, le projet fantôme qui traîne depuis 2021

Il existe bien un projet encore officiellement vivant : une adaptation de la Tour de la Terreur, portée par Scarlett Johansson depuis son annonce initiale. Mais le mot « vivant » est à prendre avec des pincettes. Cinq ans après l’annonce, le film reste coincé au stade du développement, entre grève des scénaristes, litige juridique de l’actrice avec le studio, et désormais son emploi du temps chargé sur d’autres franchises. Interrogée récemment sur l’avancée du script, Johansson a elle-même admis la difficulté de l’exercice : « C’est un os dur à croquer. Plus dur qu’on ne pense, parce que le manège en lui-même, il y a du folklore, mais c’est… je ne veux pas dire mince, mais c’est un peu… ça fait partie du mystère du manège. »

Cette phrase résume à elle seule le problème structurel des adaptations de manèges Disney : une attraction dure sept minutes et repose sur une ambiance, des animatronics et une poignée de gags visuels. Un film en tire deux heures de scénario. Le grand écart créatif est immense, et le studio semble aujourd’hui bien plus concentré sur les prises de risques financières que sur la magie nostalgique d’un ticket d’entrée transformé en long-métrage.

Pendant ce temps, les parcs eux-mêmes continuent de vivre leur vie sans se soucier du grand écran. Le Manoir hanté de Tokyo Disneyland ferme le 4 août, suivi par l’attraction originale d’Anaheim le 8 août, qui rouvrira sous sa parure d’Halloween le 21 du même mois. L’attraction continue de faire recette sous forme d’overlay saisonnier et de produits dérivés, sans avoir besoin d’un film pour exister. Peut-être est-ce justement la meilleure preuve que certaines expériences n’ont jamais été conçues pour quitter leur file d’attente.

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